De plus, comme le bureau de la Chambre l'a relevé, notamment le vice-président Farid Makari, le président de la Chambre a dépassé la mesure en énumérant de son propre chef, en l'absence d'un gouvernement, 49 sujets que la séance aurait dû débattre.
Le 14 Mars s'est empressé, pour sa part, de sauter aux conclusions. Le mercredi parlementaire démontre, à l'en croire, que la nouvelle majorité est purement fictive. La séance a été boycottée par les trois membres du bloc Mikati-Safadi et par les sept du bloc Joumblatt. Une majorité qui ne parvient pas à assurer le quorum n'en est pas une, répètent les souverainistes.
Nuance
À dire vrai, cependant, la position de Walid Joumblatt et de Nagib Mikati se limite à une circonstance bien déterminée, isolée en quelque sorte. Elle ne signifie pas qu'ils dénoncent leur partenariat avec le 8 Mars, pour retrouver le 14 Mars. Ils se déterminent comme étant au centre, mais sans être neutres, du moment que c'est bien avec les prosyriens qu'ils comptent composer un gouvernement. Le hic, c'est que le 8 Mars affirme rejeter la tiédeur, et déclare que le centrisme n'existe pas.
Pour les cadres du 14 Mars, Nabih Berry a usé d'un faux prétexte en soutenant que le but de son initiative était d'assurer le maintien de Riad Salamé à la tête de la Banque centrale. Une nécessité pour la stabilité monétaire et bancaire. Ils pensent qu'en réalité, en vieux renard, il savait parfaitement qu'il courait au couac, du moment que la séance enfreint la Constitution, la coexistence et le pacte. Partant de là, son objectif, toujours à les en croire, aurait été de remettre les clés de la Banque centrale au premier vice-gouverneur, Raëd Charafeddine, qui est chiite. Ces opposants observent que si le chef du législatif voulait vraiment assurer la prorogation de Riad Salamé, et rien que cela, il n'aurait pas rajouté des dizaines de questions à l'ordre du jour. Comme le lui avait conseillé Walid Joumblatt, il n'aurait prévu qu'un seul sujet. Et, en tout cas, il aurait veillé à ce que l'article Salamé soit le tout premier sur la liste, sans être noyé dans le peloton, comme cela était le cas.
Riposte
Devant ses visiteurs, Nabih Berry répond en substance : « J'ai suffisamment éclairci le problème par de longues explications. La convocation fait partie de mes prérogatives et c'est mon droit de les exercer. Le choix de l'ordre du jour relève de la compétence du bureau de la Chambre. Mais ses membres ont refusé de l'établir, par rejet de la séance. J'étais donc tenu, conformément au règlement intérieur de l'Assemblée, d'inscrire tous les sujets, ensemble, en bloc, à l'ordre du jour. C'est ce qui s'est produit, le tri étant du ressort du bureau de la Chambre ». Il réaffirme enfin que la Constitution l'autorise à convoquer l'Assemblée pour une séance législative même quand le gouvernement, démissionnaire, n'est plus chargé que d'expédier les affaires courantes.
Ce n'est pas l'avis des piliers du bureau de la Chambre. Pour eux, la convocation est contraire à la Constitution et illégitime, car l'Assemblée ne peut pas se réunir en l'absence d'un gouvernement dûment investi. Cela n'aurait du reste aucun sens. Car, à supposer qu'un projet soit adopté place de l'Étoile, qui irait l'appliquer quand il n'y a pas d'exécutif. Les intéressés redisent donc qu'ils ont refusé de traiter de l'ordre du jour, puisqu'à leurs yeux, il ne pouvait y avoir, légalement, de séance.
Refusant de baisser les bras, le président Berry fixe une autre séance. Mais l'opposition est résolue à la bouder et à continuer à faire obstruction vaille que vaille. Même si cela pourrait provoquer un chambardement de la composition, jusqu'à présent consensuelle, du bureau de la Chambre. À ce niveau précis, l'élection des membres doit se faire à l'ouverture de la session. La bataille est engagée. Certains radicaux du 14 Mars, s'armant du règlement intérieur, proposent qu'en automne, le président de l'Assemblée fasse l'objet d'une question de confiance. Il convient cependant de préciser qu'un changement au perchoir nécessite une majorité des deux tiers. Cela ne peut pratiquement pas être assuré. Mais les 60 députés du 14 Mars pourraient éventuellement, pour marquer le coup, et pour l'histoire, voter la défiance contre Nabih Berry.
Et Joumblatt ? L'un de ses ministres déclare qu'en quittant le 14 Mars, en se mettant à mal avec Hariri et avec la communauté sunnite d'une manière plus générale, il avait essentiellement en vue la préservation de la paix civile et des ferments de l'union nationale. Il n'a agi dans aucune intention de léser une fraction déterminée. Mais il s'est heurté à l'incapacité de la nouvelle majorité, qu'il a dénoncée, de former le gouvernement, allant jusqu'à accuser le Hezbollah de ne pas vouloir de cabinet. Le chef druze a ajouté qu'il se sent écœuré. Il a décidé de s'écarter du clivage entre le 14 et le 8 Mars pour se situer au centre, avec Nagib Mikati, aux côtés du président Michel Sleiman. Dans l'espoir que le mouvement ferait tache d'huile, et serait rejoint par des cadres du 8 Mars comme du 14 Mars, également dégoûtés d'une bataille qui nuit tellement au pays et à sa population exsangue. Un bras de fer qui paralyse l'État.


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