« Si le climat de sérieux qui s'est instauré persiste, le nouveau gouvernement pourra voir le jour au début de la semaine prochaine », affirmaient les milieux concernés.
Dans la composition du nouveau gouvernement, deux points restent en suspens, précisent les milieux en question : le « sixième maronite » appelé à être ministre et qui, selon Michel Aoun, ne doit pas lui faire ombrage à Jbeil ni au Kesrouan, et le « sixième sunnite », qui devrait représenter les sunnites de l'opposition, qui ne saurait être Fayçal Karamé, pour une raison bien simple : M. Karamé est de Tripoli, et il ne sied pas que sur les six sunnites du gouvernement, trois soient originaires de la capitale du Liban-Nord.
Selon des sources bien informées, il reviendrait à Omar Karamé, qui a d'excellentes relations avec M. Mikati, de choisir lui-même la personnalité qui le représenterait au gouvernement.
Le chef de l'État
Cela dit, il reviendrait en fin de compte au chef de l'État d'approuver la composition du gouvernement, telle qu'elle lui serait transmise par le Premier ministre désigné, et de l'approuver en lui adjoignant les ministres qui seraient à lui, ou de la rejeter, sachant par ailleurs que cette seconde option est pure hypothèse, puisque ces sentiers sont battus depuis maintenant quatre mois.
Dans ce cabinet, le sixième maronite pourrait être le conseiller du président Sleiman, Nazem Khoury.
Ces questions ont été au centre d'un entretien téléphonique, hier, entre le Premier ministre désigné et le chef de l'État. Entre les deux hommes, assurent les milieux concernés, les relations sont excellentes.
Mais de toutes ces questions M. Mikati a débattu de vive voix avec le président de la Chambre, Nabih Berry, auquel il a rendu visite, ainsi qu'avec Ghazi Aridi, qui avait assisté le matin à l'audience accordée par le président Assad à Walid Joumblatt.
L'affaire de la Syrie
La formation du gouvernement ferait l'affaire de la Syrie, si l'on en croit M. Joumblatt. Selon un communiqué officiel publié à Beyrouth après sa visite matinale à Damas, ce dernier aurait « exprimé l'espoir que les Libanais dépassent leurs désaccords et qu'un nouveau gouvernement soit formé et annoncé prochainement ».
Par ailleurs, l'entretien aurait porté sur « les graves événements qui se déroulent en Syrie du fait de certaines organisations armées, qui tuent, terrorisent et visent la sécurité de la Syrie et de son peuple ». M. Joumblatt, ajoute le communiqué, s'est dit « confiant dans le fait que la Syrie est capable de surmonter son épreuve ».
Le tiers de garantie
Des propos émanant de l'entourage du Premier ministre désigné ont réfuté hier le fait que le nouveau gouvernement sera « monochrome », selon des accusations lancées par le 14 Mars.
Ces milieux ont rappelé que, deux mois durant, M. Mikati a sondé le 14 Mars, dans un souci d'ouverture et de consensus - qui n'a pas disparu -, et que si le camp qui se considère comme souverainiste se sent exclu, c'est bien de sa faute. Le prochain gouvernement sera « pour tous les Libanais », à défaut d'être un gouvernement d'union, ont assuré les milieux de M. Mikati.
Et ceux-ci d'ajouter, discrètement, que l'existence d'un « tiers de garantie » représenté par les onze ministres du bloc dit centriste formé par le chef de l'État, le Premier ministre désigné et le bloc Joumblatt, est de nature à rassurer l'Occident, en lui garantissant que sur les deux questions-clés du tribunal international et de la 1701 la politique du Liban demeurera ce qu'elle est.
Dans le petit jeu de l'attribution des portefeuilles ministériels, les pronostics étaient hier, selon une source informée, les suivants : Travail : Charbel Nahas ; Énergie : Gebran Bassil ; Télécoms : Gaby Layoun (aouniste) ; Défense : Fayez Ghosn, proche de Sleiman ; Intérieur : Marwan Charbel, avec un point d'interrogation ou de suspension ; Justice : Chakib Cortbawi (aouniste); Affaires étrangères : Yassine Jaber ; vice-présidence du Conseil, Samir Mokbel, proche du président. Le ministère du Tourisme irait... au Hezbollah. Mais tous ces portefeuilles, insiste la source informée, pourraient encore, comme dans certaines danses, changer de partenaires.

