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Liban - L’Éclairage

Le hasard fait bien les choses... et provoque des retrouvailles

Que s'est-il produit hier, place de l'Étoile ? La réunion des composantes de la nouvelle majorité était-elle préparée ? Aura-t-elle des effets positifs sur le processus de formation du cabinet ? Les parties prenantes vont-elles remettre au président Nagib Mikati les listes de leurs ministrables, pour qu'il effectue son tri, sa sélection, en base d'une composition cohérente ? En vue d'une équipe de travail bien soudée.
Selon des députés de la majorité, la rencontre d'hier au Parlement était bien le fruit du hasard, sans rien d'apprêté ou de concerté. Un coup de dés (az-zahr, étymologie avérée du terme hasard) positif, puisqu'il a donné lieu à une séance de franches explications. Notamment entre le président Nagib Mikati et le général Michel Aoun. Le Premier ministre désigné a expliqué la méthode qu'il a adoptée. Soulignant qu'il tient absolument à respecter à la lettre les dispositions afférentes de la Constitution. Et rappelant qu'il a, sur cette base, établi un panel de critères, de principes et de constantes dont il ne peut dévier. Pour lancer enfin que les protagonistes doivent s'accommoder de cette ligne, tout à fait légaliste, et s'y accoutumer.
Les députés cités indiquent que le président Mikati et le député Joumblatt ont décidé de se pointer place de l'Étoile, mais sans les membres de leurs blocs parlementaires respectifs. Dans un geste d'ouverture, pour signifier au président Nabih Berry que leur position de refus de la séance parlementaire n'est pas personnellement dirigée contre lui. Et qu'elle se justifie par le souci de préserver un minimum d'entente politique. Gage de paix civile et de stabilité. Dans l'esprit de coexistence, comme de respect des ordonnances constitutionnelles découlant du pacte national.
En même temps, Mikati et Joumblatt, Mikati surtout, ont tenu à faire comprendre à Berry qu'ils ne prennent pas du tout pour argent comptant les allégations selon lesquelles il aurait voulu s'en prendre aux sunnites. En s'attaquant aux prérogatives du président du Conseil dont ils disposent. Par le fait de doubler le pouvoir exécutif, de se substituer à lui, en faisant proroger le mandat du gouverneur de la Banque centrale par la Chambre. Ce qui est, ordinairement, du ressort du gouvernement.

Explications
Les deux pôles centristes, sans craindre de se contredire sur le fond, ont assuré à Berry que sa démarche reste constitutionnelle et s'inscrit dans le cadre de ses prérogatives propres. Pour relever tout de suite, cependant, qu'une réunion du Parlement sans les sunnites, comme cela aurait été le cas en l'absence du courant Hariri, aurait constitué une atteinte au principe sacro-saint de la coexistence. Ce qui est noté dans la Constitution, mais ce qui, en même temps, la dépasse.
À l'entrée de Mikati et de Joumblatt dans son bureau, Berry a réagi en organisant une rencontre élargie des pôles de la nouvelle majorité. Rassemblant autour de lui Michel Aoun, Sleimane Frangié, Mohammad Raad, Talal Arslane, Assaad Hardane et d'autres. La situation, notamment ministérielle, a été passée en revue. Sans plus d'échange d'accusations sur la responsabilité du retard, comme cela s'entendait ces derniers jours. On sait en effet que le 8 Mars martelait que Mikati ne souhaite pas former le gouvernement de sitôt. C'est ce que le général Aoun a répété dans sa déclaration de mardi.
Cela étant, les témoins présents reconnaissent que le résultat de la réunion d'hier autour de Berry se limite à un rétablissement des ponts individuels. Un rabibochage d'ordre personnel plutôt que politique, entre Mikati et Aoun. Le Premier ministre désigné, ajoutent-ils, n'a pas manqué de réprouver les attaques qu'il subit de la part de ses partenaires de la nouvelle majorité. Sans oublier de protester également contre la campagne visant le président Michel Sleiman. Il s'est indigné des propos leur attribuant à tous deux la décision de tout geler sur recommandation occidentale.

Détente
Il a prié le général Aoun, et les pôles de la majorité, à ne pas se montrer négatifs. À ne pas se braquer d'avance, en développant des veto. Il a redit que chaque partie peut présenter ses demandes, ses conditions et ses suggestions sans chercher à contrer systématiquement autrui. La formation devant nécessairement s'effectuer dans le respect des mécanismes constitutionnels. Ce qu'il prend effectivement soin d'accomplir, à l'instar du président Sleiman, contrairement à certains reproches qu'il essuie.
La glace étant maintenant rompue, on peut sans doute espérer une reprise et une intensification des contacts entre le président Mikati et le général Aoun. Mais des majoritaires avouent que les tractations restent en principe bien difficiles.
De plus, tous les pôles présents ont pressé le président Mikati d'accélérer le mouvement autant que faire se peut, car le retard devient de plus en plus préjudiciable pour la population exsangue. Il leur a répondu qu'il attend leurs listes, en précisant qu'elles ne doivent pas comporter des noms constituant des défis manifestes, et des escalades. Pour qu'il n'y ait pas un cabinet qui ne serait plus, comme les précédents, qu'une vaste foire d'empoigne entre ministres.
Selon des sources informées, Aoun, satisfait de la rencontre, serait maintenant disposé à fournir à Mikati une liste écrite de nominés du CPL, ou de son bloc parlementaire. Jusqu'à présent, il n'avait fourni que des indications verbales, considérant que les noms étaient connus. Ajoutant qu'il avait donné, entendre en concessions, tout ce qu'il a.
Cependant, au stade actuel, il n'y a pas de noms définitivement retenus, ni de portefeuilles attribués en apanage irrévocable à une partie déterminée, communauté, région ou branche politique. Le président Mikati compte faire prévaloir une formule d'équilibres bien dosés, sinon d'équité totale. Sans ministres frondeurs, batailleurs.
Faisant écho à des majoritaires, les opposants estiment pour leur part que Mikati ne souhaite pas aller vite en besogne. Car il reste à l'affût, selon eux, des développements en Syrie. Et il attendrait de voir ce que va donner le Conseil de sécurité en termes de sanctions contre le régime Assad. Sans gouvernement investi, le Liban peut facilement esquiver de prendre position contre le Conseil de sécurité. De se faire frapper sur les doigts, avec privation d'assistances, par les Occidentaux. Ou encore de prendre position contre Damas. Pour ne pas se démarquer des pays arabes qui vont être forcés, à l'ONU, de lâcher Assad.
Que s'est-il produit hier, place de l'Étoile ? La réunion des composantes de la nouvelle majorité était-elle préparée ? Aura-t-elle des effets positifs sur le processus de formation du cabinet ? Les parties prenantes vont-elles remettre au président Nagib Mikati les listes de leurs ministrables, pour qu'il effectue son tri, sa sélection, en base d'une composition cohérente ? En vue d'une équipe de travail bien soudée.Selon des députés de la majorité, la rencontre d'hier au Parlement était bien le fruit du hasard, sans rien d'apprêté ou de concerté. Un coup de dés (az-zahr, étymologie avérée du terme hasard) positif, puisqu'il a donné lieu à une séance de franches explications. Notamment entre le président Nagib Mikati et le général Michel Aoun. Le Premier ministre désigné a expliqué la méthode qu'il a...
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