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Lifestyle - Exposition

Le rouge et le noir de Balenciaga

Il fut, selon Christian Dior, le « couturier des couturiers », à la fois sobre et inventif, sage et fou, toujours inspiré par son Espagne natale. L'exposition « Balenciaga and Spain » au de Young Fine Arts Musuem of San Francisco* revient sur ses sublimes variations sur un même thème.

Une rétrospective des plus belles créations de Balenciaga.

Le cadre, à lui seul, vaut le détour. Un long détour à faire à travers les jardins enchantés du Golden Gate Park, ceux du Japanese Tea Garden, du conservatoire des fleurs et du California Academy of Sciences. Dans cet espace magique et serein où il fait bon se perdre, le musée de Young nouvelle version, inauguré en octobre 2005, se dresse fièrement avec sa structure en cuivre, ses angles aigus, son toit aux étranges volumes et enfin ses espaces intérieurs, illuminés par une belle lumière qui s'invite discrètement. Création, presque une œuvre d'art, des architectes suisses Pierre de Meuron et Jacques Herzog, il a remplacé le bâtiment initial, construit en 1895 et partiellement endommagé par le tremblement de terre de 1989.
Auprès des collections permanentes d'Amérique du Sud, d'Afrique, de Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nouvelle-Zélande, le musée de Young reçoit pour quelques semaines encore l'exposition « Balenciaga and Spain », avec une sublime installation des plus belles pièces du grand couturier espagnol Cristobal Balenciaga. Balenciaga, né dans un village de pêcheurs du Pays basque espagnol en 1895, ouvre sa première maison de couture en Espagne en 1919 avant d'apposer sa griffe à Paris, en s'installant au mythique 10 de l'avenue Georges V, qui fut son adresse pendant 30 ans et le nom de son premier parfum « le 10 ». Celui que Givenchy surnommait « l'architecte de la haute couture », que Beaton qualifiait de « Picasso de la couture » a osé les lignes pures, le noir comme couleur, l'abstraction de son ami Miro dans des coupes épurées et enfin l'utilisation des thèmes espagnols dans ses créations. « Ce qui est véritablement extraordinaire chez Balenciaga, souligne le curateur de l'exposition, Hamish Bowles, rédacteur en chef européen de la revue Vogue, c'est que, de 1937 à sa retraite en 1968, il était constamment à la recherche de nouvelles idées. Éternel insatisfait, il ne n'est jamais reposé sur ses lauriers. » L'Espagne, qui coulait dans ses veines et au bout de ses crayons l'a inspiré, plus encore, hanté, imprégnant ses créations de déclinaisons souvent inattendues.

Une scénographie impressionnante
C'est autour de six thèmes majeurs et autant de sections que s'articule l'exposition « Balenciaga and Spain », inaugurée en grande pompe le 26 mars dernier en présence de la célèbre Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, Orlando Bloom, Balthazar Getty ou encore Gwyneth Paltrow. Tous venus applaudir le talent intemporel de ce maître couturier, attentif à ce qui faisait battre son cœur : L'Espagne.
120 pièces, certaines ont été portées par Doris Duke, la baronne Pauline de Rothchild, la comtesse Mona Bismarck, Gloria Guiness ou encore Ava Gardner, d'autres empruntées à Howard Bowles, au musée de la Mode et du Textile, au Metropolitan Museum of Art, au Victoria and Albert Museum de Londres ou encore au musée Galliera à Paris, ont ainsi été réparties en six sections qui décrivent parfaitement, à la fois, le respect de la tradition et le regard moderne de Balenciaga : l'art espagnol, la danse, la tauromachie, la vie religieuse, la cour d'Espagne et enfin les vêtements régionaux. À l'entrée, noyées dans un clair-obscur, des mannequins vêtues de noir, de vert, de rouge, campent des femmes ayant chacune son attitude, sa personnalité, en robe du soir, en tailleur, en tulle, en soie, en taffetas, résumant dans une belle promenade les 50 ans de carrière de ce génie. Un artiste qui, selon Cecil Beaton, « utilisait le tissu comme un sculpteur travaille le marbre ». Chaque section est un tableau en soi, souligné par une musique qui lui correspond. Chaque arrêt, dans une scénographie parfaite, est un moment de plaisir.
Dans la partie « art espagnol », il est aisé d'identifier la palette de couleurs de Goya, les portraits des courtisanes et des rois par Velasquez, le rendu d'El Greco et de les retrouver dans les robes de Balenciaga. « La danse » fut présente dans nombreuses de ses créations. Robe à traînes des danseuses de flamenco, costumes de danseurs, pantalons courts et étroits, boléros, chapeaux, il a osé se les approprier en toute élégance et les intégrer dans des tenues féminines résolument modernes. « La tauromachie », dont il détestait la violence mais adorait les tenues, a laissé des traces dans la mémoire et les émotions du couturier. Avec lui, les costumes de matador, les dentelles, les broderies et les pompons deviennent, en toute élégance, des accessoires de mode jusqu'à en faire des robes du soir. Très catholique - il a failli, au début de sa vie, entrer dans les ordres -, les habits de nonnes, les statues de Madone transportées en Espagne durant la semaine sainte, les chasubles dorés des prêtres, richement brodés, ont été subtilement détournés dans de magnifiques robes du soir. La cour d'Espagne, ses rois, ses familles et courtisans ont également guidé l'inspiration de Balenciaga, au même titre que les tenues régionales des pêcheurs de son enfance et des bergers. Bel exercice tout en finesse qui a réussi à transformer les vestes de premiers et les capes des seconds en vêtements haute couture.
Lorsque Balenciaga décède le 24 mars 1972, la presse s'écrit : « Le roi est mort ! » et Dior de rajouter : « La haute couture est comme un orchestre dont Balenciaga était le seul chef. Le reste d'entre nous n'est que des musiciens, suivant les directions qu'il a données. »
Cet évènement est une belle occasion de réentendre toutes ses mélodies et d'en applaudir les partitions...

* « Balenciaga and Spain » au de Young Fine Arts Musueum, Golden Gate Park, San Fransisco. L'exposition se poursuit jusqu'au 4 juillet 2011.
Le cadre, à lui seul, vaut le détour. Un long détour à faire à travers les jardins enchantés du Golden Gate Park, ceux du Japanese Tea Garden, du conservatoire des fleurs et du California Academy of Sciences. Dans cet espace magique et serein où il fait bon se perdre, le musée de Young nouvelle version, inauguré en octobre 2005, se dresse fièrement avec sa structure en cuivre, ses angles aigus, son toit aux étranges volumes et enfin ses espaces intérieurs, illuminés par une belle lumière qui s'invite discrètement. Création, presque une œuvre d'art, des architectes suisses Pierre de Meuron et Jacques Herzog, il a remplacé le bâtiment initial, construit en 1895 et partiellement endommagé par le tremblement de terre de 1989.Auprès des collections permanentes d'Amérique du Sud, d'Afrique, de Papouasie-Nouvelle-Guinée...
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