Des femmes qui, entre épilage, ponçage et baquets remplis d’eau, se lâchent. (Photos Marwan Assaf)
Une autre femme débarque, emmitouflée dans ses voiles, le ventre gros comme un coussin. Fautive aux yeux d'une société hypocrite et brimée, elle cherche refuge dans ce no man's land, contre son frère qui veut laver l'honneur dans le sang... Et s'ouvre alors un ballet amusant, mais aussi touchant par ses aspects tortionnaires et frustrants, pour les sept autres arrivées, avec leur cortège de paroles crues, drôles, émouvantes, acides, sans tabous.
Le chiffre neuf comme le symbole de la gestation d'une femme pour cerner la révolte de la gent féminine contre une société sclérosée, régie par le machisme, le fanatisme, le fondamentalisme, le terrorisme et la violence.
Les langues, délicieusement vipérines, se délient et les personnalités aux caractères antagonistes s'affrontent ou se liguent en un déballage incroyable, jeté sans vergogne ni complexe en pâture aux spectateurs. Texte âpre, virulent, corrosif, chargé d'un humour caustique, tonique, décapant avec des moments d'une curieuse poésie où stridence et mal-vie se conjuguent comme le lierre se cheville aux murs.
Surgissent aussi des images qui laissent pantois. Des images surgies d'un autre âge... Car les femmes, pour le plaisir d'un certain pouvoir, le sexe, la tendresse et l'amour, ne reculent devant rien. On s'étonne que des mères punissent leur petite fille en leur mettant du piment dans le vagin, que des jeunes filles rafistolent leur virginité avec des boyaux de poulet, que des épouses couchent allègrement avec leur beau-frère sous le même toit conjugal et une foule d'autres détails, tristement croustillants ou d'une moralité qui reste à définir, abondent dans ce lieu d'intimité exclusivement féminine.
Chapelet d'histoires et de situations invraisemblables et ahurissantes que celles de ces femmes qui se plaignent du comportement des hommes et font aussi férocement leur procès. Ces hommes que pourtant elles aiment malgré les noirceurs, les doléances, les lâchetés, les trahisons, les dérives, les griefs et les revendications. Des femmes qui se sont longtemps tues et qui brusquement, dans la molle luxure des bains, entre épilage, ponçage et baquets remplis d'eau, se lâchent. Sans retenue. Tout au plaisir de l'audience d'ailleurs, car, pour une saine libération, toutes les vérités sont bonnes à dire. Oyez, oyez bien surtout hommes de bonne volonté... Ces secrètes vérités dévoilées, même avec impudeur, sont pour être un meilleur vivant et mieux conquérir ses galons de dignité humaine. Plaidoirie et témoignage loin d'être gratuits dans cet obscurantisme ambiant pour une société tiers-mondiste et ex-colonisée qui assiste avec joie aujourd'hui aux révolutions arabes qui fleurissent avec courage et détermination. Pour en finir définitivement avec ce qui flétrit et détruit une vie...
Sur un tempo mené tambour battant (les deux heures de spectacle coulent sans que l'on cille des yeux ou que les oreilles perdent le fil des dialogues qui se croisent comme des sabres étincelants) grâce à la mise en scène tout en teintes nuancées de Fabian Chappuis, avec une superbe farandole à la fin de la solidarité féminine au destin sous la même ombrelle, le texte de Rayhana, ironique, incisif, musclé, percutant, avec de belles envolées aux audaces joliment formulées, est admirablement servi par une brochette d'excellentes comédiennes. Des comédiennes au-dessus de tout éloge, qui ont du tempérament et l'intelligente invention de camper des personnages plus vrais que nature.
Par-delà compassion, compréhension, sollicitude, volonté d'une société plus émancipée, droit au plaisir et à la liberté, elles nous font surtout aimer ce hammam aux vapeurs sentant l'eucalyptus et rempli d'une certaine lumière, d'une certaine chaleur. Celle de la chaleureuse, de la généreuse présence des femmes, source de toute inspiration dans la vie.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve