Il y a trois jours, le général Michel Aoun annonçait triomphalement que, désormais, il n'y avait plus aucun obstacle intérieur à la formation du gouvernement. Il sous-entendait par là que le bazar ministériel, auquel il avait goulûment pris part, était terminé, et que, si le cabinet n'était pas formé de sitôt, ce n'était pas à lui qu'on put le reprocher.
De toute évidence, c'est le contraire qui est vrai : il n'est plus à cette heure-ci d'obstacles entravant la naissance du gouvernement qu'intérieurs, et peut-être même uniquement en provenance du Bloc du changement et de la réforme.
Ce constat n'est pas le fruit d'une déduction, mais de développements concrets survenus hier dans le cadre de la nouvelle polémique entre les milieux du Premier ministre désigné et ceux du général Aoun.
Depuis vendredi, les premiers s'étaient efforcés de tempérer l'optimisme ambiant au sujet du gouvernement en soulignant que les progrès enregistrés n'avaient pas encore été traduits dans les faits et, plus précisément, que M. Mikati attendait toujours des blocs concernés les listes des noms de ministrables à partir desquelles il serait à même d'opérer des choix.
Au terme d'un week-end d'aigres murmures et d'échanges indirects, le couvercle a finalement sauté avec les propos venimeux tenus hier par le député aouniste de Baabda Hekmat Dib à l'intention de M. Mikati. « Il ne s'agit pas d'un concours de beauté pour que nous adressions une série de noms (pour chaque ministère) au Premier ministre désigné », a lancé M. Dib à l'OTV, estimant qu'il fallait « remettre les compteurs à zéro » dans le processus gouvernemental.
Auparavant dans la journée, le bureau de presse du Premier ministre désigné avait rappelé que ce dernier n'avait encore rien reçu de « certains blocs » et que « tout propos contraire n'est que tromperie ». Des sources de M. Mikati ont précisé dans le même temps à la MTV qu'il s'agissait essentiellement du Bloc du changement et de la réforme. Les milieux aounistes ont alors répliqué, par la même voie, que M. Mikati « connaît bien les noms en question » et qu'il « lui faut cesser de tergiverser ».
Il est clair, souligne-t-on de sources informées, qu'à présent que la part de chacun des protagonistes gouvernemental ayant été définitivement établie (dix pour le Bloc du changement), la bataille des noms entre M. Mikati et le général Aoun ne fait que commencer. Ce dernier craint en effet que le Premier ministre désigné ne passe par la trappe ses principaux poulains gouvernementaux, dès lors qu'il lui offrirait lui-même, pour ainsi dire sur un plateau d'argent, des noms de concurrents à ces incontournables primus inter pares.
Quelle ampleur cette bataille pourra-t-elle avoir ? Les prochains jours le diront sans doute. Mais pour le moment, les choses se présentent plutôt mal pour le chef du CPL dans la mesure où son allié de taille, le Hezbollah, semble de plus en plus pressé de parvenir à des résultats concrets. « Il n'y a plus que des détails infimes », soulignait hier le député Hassan Fadlallah, affirmant que son parti allait très vide « aider » à les régler.
L'apparente évolution conciliatrice de la position du parti de Dieu, clairement apparue lors du dernier discours de son secrétaire général, Hassan Nasrallah, a eu des conséquences d'un autre ordre hier. En effet, pour la première fois depuis des lustres, des troubles à la frontière israélienne éclatent du côté syrien et non pas du côté libanais.
La fameuse « concomitance » des deux volets libano-syriens, copieusement rabâchée au cours des deux dernières décennies, en a donc pris un sacré coup à l'occasion de cette commémoration de la naksa de 1967. C'est, sans nul doute, l'un des premiers résultats concrets au Liban de la tournure prise par la contestation en Syrie.

