Par-delà le caractère en partie absurde de la commémoration d'une défaite, force est de constater que, faute d'avoir prise sur le réel, c'est encore une fois une action symbolique que les Palestiniens du Liban vont accomplir, en lançant des pierres et des slogans, par-delà des fils de barbelés.
Toutefois, toutes les précautions ont en principe été prises pour empêcher la réédition du massacre qui a marqué, le 15 mai dernier, la commémoration de la nakba (création de l'État d'Israël en 1948), une journée noire qui a fait 10 morts : 6 à la frontière libanaise et 4 dans le Golan.
Ce dimanche, les contacts ont été pris au Liban comme en Israël, pour que cette manifestation pacifique, même si son souvenir est violent, s'achève sans morts inutiles.
La seconde échéance qui attend le pays est une séance de la Chambre des députés, mercredi prochain 8 juin, une séance dont beaucoup doutent qu'elle se tiendra.
On sait en effet que son président, Nabih Berry, s'est obstiné à la convoquer, en dépit des protestations du 14 Mars, sachant par ailleurs que la session ordinaire de la Chambre s'est achevée le 31 mai et que le gouvernement est en état d'expédition des affaires courantes.
Tout indique, cependant, que cette convocation n'aboutira pas, faute de quorum. Pour cette séance, dont l'une des raisons d'être est le renouvellement du mandat du gouverneur de la BDL, Riad Salamé, M. Berry et la « majorité nouvelle » ne pourront compter, semble-t-il, sur les suffrages du bloc de M. Walid Joumblatt, qui se rangera du côté du chef de l'État.
Ce dernier est favorable à une procédure ponctuelle, le décret itinérant, qui peut très bien assurer le résultat souhaité, sans les risques d'une séance parlementaire où M. Berry pourrait, si ça lui chante, tenter de faire voter une loi rompant les liens entre le gouvernement libanais et le TSL...
Toutes les ruses et tous les coups, on le voit, semblent permis, bien que cela soit habillé d'interprétations de la Constitution dignes de la Tour de Babel. Des interprétations émises par tout le monde, sauf par les instances compétentes, dont le silence est l'un des symptômes maladifs de la période que nous vivons.
Pour faire comprendre à M. Berry qu'il ne le suit pas dans sa demande de convocation de la Chambre, M. Joumblatt a proposé trois différents moyens de renouveler le mandat de M. Salamé, assure-t-on.
Petit rayon de soleil dans ce ciel sombre : la réunion de Bkerké, qui a eu le mérite de rassembler dans une grande salle des hommes et des femmes qui passent leurs journées à s'invectiver sur le petit écran. Le débat - ventes de biens-fonds et présence au sein de l'administration - a été conduit en toute objectivité et une commission de suivi a été formée. Toutefois, l'alignement politique, un instant bousculé à l'intérieur de Bkerké, se reforme dès la sortie.
Prévisions pour les prochains jours : marasme et pourrissement persistants, avec, inespérée, une possibilité d'éclaircie, sous la forme d'un déblocage au niveau du gouvernement. C'est l'OTV qui l'a annoncé hier, suivie dans les minutes qui suivent par la LBCI, qui l'a infirmé. Renseignements pris, ce serait le Hezbollah - étonnant de modération sur ce sujet - et la Syrie qui chercheraient à accélérer les choses. Mais il faut rester méfiant, à moins que, subitement, on ne voit Gebran Bassil chez Mikati.

