Des enfants syriens hier devant l’immeuble des Nations unies à Beyrouth. Entre leurs mains, le portrait de Hamza el-Khatib, le garçon de 13 ans enlevé et torturé, jusqu’à ce que mort s’ensuive, par les forces de sécurité syriennes. Jamal Saïdi/Reuters
À l'ouverture de la « conférence pour un changement en Syrie », une minute de silence a été observée pour les « martyrs » tués pendant les répressions. Assistant à la réunion, le chef de la délégation des Frères musulmans, Melhem al-Douroubi, a assuré que « le peuple syrien réclame la chute du régime ». Plusieurs orateurs ont condamné « les massacres » visant la population civile et réclamé le départ du président syrien. Parmi eux figure Dia el-Dine Dugmush, un étudiant de 25 ans, arrivé de Damas. « Je veux la démocratie, ceux qui ont commis ces crimes atroces doivent être jugés », a-t-il déclaré. Les participants doivent mettre en place des comités de soutien, notamment pour venir en aide à des concitoyens ayant dû quitter la Syrie à cause des répressions. Un comité de suivi sera aussi créé afin de coordonner l'interaction entre les opposants à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie. Un militant présent au congrès a dit avoir peu d'espoir de voir les débats déboucher sur des décisions concrètes, mais affirmé que c'était « un début ». « Je crois au peuple de Syrie qui aura finalement ce qu'il demande : la démocratie », a déclaré Hossan Sibei, un ingénieur en électricité qui vit depuis 10 ans en Arabie saoudite après avoir fui les services secrets syriens, les moukhabarate.
Le congrès a été précédé mardi par la proclamation par M. Assad d'une amnistie générale s'étendant aux membres des Frères musulmans et aux détenus politiques. « Cette annonce est insuffisante et tardive (...) C'est Assad lui-même qui doit bénéficier d'une amnistie car il a tué son peuple. Il doit partir », a réagi M. al-Douroubi. Cette amnistie générale n'a pas non plus convaincu les Occidentaux. Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a réclamé hier des autorités syriennes « un changement de cap beaucoup plus clair, plus ambitieux, plus audacieux ». « Je crains qu'il ne soit trop tard », a-t-il jugé. Le président syrien n'a pas engagé de réformes sérieuses et la position de son gouvernement est « moins tenable » de jour en jour, a pour sa part déclaré la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a salué l'annonce de l'amnistie, mais souligné qu'elle devait être suivie d'une « réforme globale ». Selon Bourhane Ghalioune, directeur du Centre des études arabes à la Sorbonne à Paris, cette amnistie « est un coup de bluff pour détourner l'attention de l'émergence d'une opposition organisée et pour parer aux pressions internationales » grandissantes.
Hier, au lendemain du décret d'amnistie, des centaines de prisonniers politiques et de conscience ont été libérés. « Cinquante d'entre eux viennent de Banias, dont le poète Ali Derbak (76 ans) », a déclaré le président de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, Rami Abdel-Rahmane. « Des milliers de détenus politiques sont toujours en prison et doivent être libérés d'un instant à l'autre », a-t-il ajouté. Les dirigeants du Parti de l'action communiste (interdit) ne bénéficieront cependant pas de cette amnistie, qui exclut les personnes condamnées pour avoir adhéré à « une organisation visant à modifier le statut économique et social de l'État », a-t-il précisé. « Tous les prisonniers politiques doivent être libérés. Nous devons assister à un mouvement significatif vers une réforme », a pour sa part indiqué à Washington un porte-parole du département d'État, Mark Toner. « Le geste de libérer une centaine de prisonniers politiques ne va pas assez loin », a-t-il ajouté.
Et en soirée, le président syrien s'est fendu d'un autre geste de bonne volonté, la télévision syrienne annonçant la création d'un organisme chargé de « jeter les bases d'un dialogue national, de déterminer son mécanisme et son programme ». M. Assad a reçu les membres de cet organisme et leur a demandé de « formuler les principes généraux du dialogue qui va s'ouvrir de manière à créer un climat adéquat pour que les différents courants puissent s'exprimer et présenter leurs propositions », a précisé la télévision. Cet organisme est composé du vice-président Farouk Chareh, de hauts responsables du parti Baas et du Front national progressiste (coalition de partis dirigés par le parti Baas), ainsi que d'un écrivain et d'un professeur.
(Source : agences)

