Malgré une normalisation apparente, la persécution de chiites, majoritaires parmi la population autochtone, se poursuit avec des licenciements de masse dans le secteur public de personnes ayant participé au mouvement de grève. Les sunnites pour leur part se sont radicalisés. Beaucoup d'entre eux soutiennent la réponse musclée du gouvernement qui a évité à leurs yeux au petit royaume un complot fomenté par les chiites, soutenus par l'Iran, visant à renverser la monarchie.
« Les appels à renverser le régime ont créé une profonde blessure au sein de la société bahreïnie qui prendra des dizaines d'années pour se refermer », affirme Abdallah Hashim, un dirigeant de l'Assemblée de l'unité nationale (AUN), un mouvement sunnite. Quant à Nabil Rajab, un militant chiite, il déplore le fait que les autorités aient « réussi à séparer les sunnites des chiites en jouant à fond la carte de l'Iran ».
La tension entre les monarchies pétrolières arabes et l'Iran avait atteint son paroxysme avec l'entrée mi-mars des troupes du Golfe à Bahreïn pour soutenir la monarchie sunnite des al-Khalifa.
Les relations n'ont jamais été au beau fixe entre les chiites et la monarchie à Bahreïn, qui a connu des violences dans les années 1990 avant un processus de réconciliation nationale. Mais les autorités « sont allées trop loin » dans la répression cette fois-ci, estime M. Rajab. « Les gens sont toujours en état de choc », ajoute-t-il, soulignant que des familles chiites qui étaient traditionnellement considérées comme apolitiques ou favorables au régime ont également été visées.
Un dirigeant de l'opposition qui a requis l'anonymat estime que la campagne de répression s'apparente à une « vengeance tribale », ajoutant que les autorités « n'ont pas pensé au lendemain ». « S'il n'y a pas de solution politique, je crois que nous nous dirigeons vers une grosse crise », prévient de son côté M. Rajab.
Le prince héritier, cheikh Salman ben Hamad, avait proposé en février un dialogue national alors que l'opposition réclamait de profondes réformes et la démission du Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salman, l'oncle du roi. Haï par les chiites, le Premier ministre, à ce poste depuis 40 ans et considéré comme un dur du régime, a vu sa popularité augmenter parmi les sunnites et ses portraits ornent à présent les principales rues.
Dans le même temps, l'économie semble reprendre son souffle, à l'exception du secteur du tourisme. Les touristes saoudiens ont commencé à revenir pendant le week-end, mais un responsable d'un hôtel de luxe affirme que l'activité de son établissement ne représente pas plus du tiers de ce qu'elle est en cette période de l'année.
Quant au Grand Prix de formule 1, les autorités doivent encore décider si elles vont l'organiser en novembre, après l'avoir reporté en mars, alors que selon des informations à Manama, le quart des employés du circuit, tous des chiites, ont été licenciés.
(Source : AFP)

