Dans les semaines qui ont suivi la révolution, pourtant, certains craignaient que les nouveaux maîtres de l'Égypte tentent de préserver une stabilité qui ressemblait, à s'y méprendre, au statu quo. Le Conseil suprême des forces armées, qui dirige le pays, n'est-il pas présidé par l'ex-ministre de la Défense issu de l'ancien régime, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui? Dans ce pays capital pour l'équilibre d'une des régions les plus instables de la planète, la transition est toujours en marche. Et elle reste imprévisible. Le départ de Moubarak, au pouvoir depuis presque trente ans, et la remise en cause d'une partie de l'appareil d'État, qui prétendait quadriller la société, laissent un vide politique vertigineux.
Raison de plus pour approcher le sujet à hauteur d'homme. Dans leur ouvrage, Guibal et Salaün, qui vivent au Caire depuis près de quinze ans, multiplient les portraits et les choses vues. A travers le destin de plusieurs jeunes au chômage, en particulier, dont ils retracent l'histoire, le lecteur comprend comment la corruption croissante, l'aggravation des inégalités et le fondamentalisme religieux auraient sans doute suffi à provoquer l'embrasement. Mais l'étincelle est venue de l'étranger, avec la mort, en décembre en Tunisie, de Mohamed Bouazizi, et la Révolution de Jasmin qui a suivi. Au Caire, mais aussi à Alexandrie, Louxor et Assouan, les jeunes, avec l'aide des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, ont rapidement été rejoints dans la rue par leurs parents, voire leurs grands-parents, unis par leur rejet du régime et habités, surtout, par une fierté nouvelle.
C'est leur histoire, avant tout, que raconte L'Égypte de Tahrir. Ils sont des héros modernes, même si de nombreuses questions posées par leur soulèvement restent sans réponse. Car ils ont surmonté un mur de la peur qui semblait imprenable. A ce titre, ils offrent le plus beau motif d'espoir à leur pays et, au-delà, au monde arabe.
Dans les semaines qui ont suivi la révolution, pourtant, certains craignaient que les nouveaux maîtres...

