Rechercher
Rechercher

Couverture spéciale de la révolte en Égypte - Par Marc Epstein- L'express.Fr

Portrait de l'Égypte de la place Tahrir

Comment tirer les leçons d'un phénomène aussi complexe et inattendu que la révolution en Égypte, commencée le 25 janvier dernier, quand sa portée politique reste encore mystérieuse? Comment décrire la genèse et éclairer le sens de cet incroyable soulèvement, que beaucoup prédisaient mais que personne n'a vu venir? Dans L'Égypte de Tahrir, paru aux éditions du Seuil, Claude Guibal et Tangi Salaün relèvent le défi.
Malgré quelques mois de recul, la difficulté de l'entreprise reste énorme. Qui aurait imaginé, par exemple, qu'un tribunal du Caire oserait condamner l'ex-président Hosni Moubarak, chassé du pouvoir le 11 février, et deux de ses anciens ministres, à une amende d'un montant équivalent à 63 millions d'euros, sous prétexte qu'ils ont "nui à l'économie" en coupant Internet et les réseaux de téléphone portable lors de la révolte populaire? Impensable il y a peu, cette décision de justice a cependant été rendue le 28 mai. Quatre jours plus tôt, le parquet a annoncé le renvoi devant une cour d'assises de Moubarak et de deux de ses fils - les trois hommes seront jugés pour le meurtre de manifestants et pour corruption.

Dans les semaines qui ont suivi la révolution, pourtant, certains craignaient que les nouveaux maîtres de l'Égypte tentent de préserver une stabilité qui ressemblait, à s'y méprendre, au statu quo. Le Conseil suprême des forces armées, qui dirige le pays, n'est-il pas présidé par l'ex-ministre de la Défense issu de l'ancien régime, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui? Dans ce pays capital pour l'équilibre d'une des régions les plus instables de la planète, la transition est toujours en marche. Et elle reste imprévisible. Le départ de Moubarak, au pouvoir depuis presque trente ans, et la remise en cause d'une partie de l'appareil d'État, qui prétendait quadriller la société, laissent un vide politique vertigineux.

Raison de plus pour approcher le sujet à hauteur d'homme. Dans leur ouvrage, Guibal et Salaün, qui vivent au Caire depuis près de quinze ans, multiplient les portraits et les choses vues. A travers le destin de plusieurs jeunes au chômage, en particulier, dont ils retracent l'histoire, le lecteur comprend comment la corruption croissante, l'aggravation des inégalités et le fondamentalisme religieux auraient sans doute suffi à provoquer l'embrasement. Mais l'étincelle est venue de l'étranger, avec la mort, en décembre en Tunisie, de Mohamed Bouazizi, et la Révolution de Jasmin qui a suivi. Au Caire, mais aussi à Alexandrie, Louxor et Assouan, les jeunes, avec l'aide des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter, ont rapidement été rejoints dans la rue par leurs parents, voire leurs grands-parents, unis par leur rejet du régime et habités, surtout, par une fierté nouvelle.

C'est leur histoire, avant tout, que raconte L'Égypte de Tahrir. Ils sont des héros modernes, même si de nombreuses questions posées par leur soulèvement restent sans réponse. Car ils ont surmonté un mur de la peur qui semblait imprenable. A ce titre, ils offrent le plus beau motif d'espoir à leur pays et, au-delà, au monde arabe.

Malgré quelques mois de recul, la difficulté de l'entreprise reste énorme. Qui aurait imaginé, par exemple, qu'un tribunal du Caire oserait condamner l'ex-président Hosni Moubarak, chassé du pouvoir le 11 février, et deux de ses anciens ministres, à une amende d'un montant équivalent à 63 millions d'euros, sous prétexte qu'ils ont "nui à l'économie" en coupant Internet et les réseaux de téléphone portable lors de la révolte populaire? Impensable il y a peu, cette décision de justice a cependant été rendue le 28 mai. Quatre jours plus tôt, le parquet a annoncé le renvoi devant une cour d'assises de Moubarak et de deux de ses fils - les trois hommes seront jugés pour le meurtre de manifestants et pour corruption.
Dans les semaines qui ont suivi la révolution, pourtant, certains craignaient que les nouveaux maîtres...