L'opération militaire semble néanmoins s'installer dans la durée, et l'issue paraît désormais se trouver sur le terrain diplomatique. Un terrain sur lequel Tripoli perd des alliés - vendredi, la Russie, dans un revirement majeur, a fini par lâcher le régime et se ranger aux côtés des Occidentaux qui réclament le départ du leader -, alors que la rébellion y engrange des points.
Ce qui n'empêche pas la rébellion de s'interroger : et si la situation actuelle perdurait des mois, voire des années ? « Il est normal qu'on travaille à l'avenir du pays, qu'on imagine un système. Mais il est vrai que plus le temps passe, plus on prend le risque de mettre en place un système qui ne conviendra pas à l'ouest du pays, qu'on aura du mal à vendre aux Libyens de Tripoli », résume un membre du CNT sous le couvert de l'anonymat.
Aucun des 31 membres du CNT n'a été élu, et il en est de même pour son « bureau exécutif », cabinet réglant les affaires courantes. Le président du CNT l'a assuré samedi : des élections seront tenues six mois après la chute du colonel. Mais « un gouvernement sans représentation de toutes les régions, notamment Tripoli, c'est la partition du pays. Et donc la victoire de Kadhafi », explique un diplomate européen à Benghazi.
En attendant, comme résume Salwa al-Daghili, membre du CNT chargée des réformes politiques, les rebelles concoctent « l'ébauche d'un brouillon de projet de Constitution ». Cette professeure de droit constitutionnel, passée par la Sorbonne à Paris, fait partie des responsables qui travaillent à la « feuille de route ». L'ensemble de ce processus pourrait durer de « un à deux ans », selon Abdelhafiz Ghoga, le numéro 2 du CNT.
Depuis plusieurs semaines, de nouveaux visages sont apparus dans les couloirs du CNT, ou dans les hôtels de Benghazi, où responsables libyens et diplomates occidentaux se rencontrent. Des hommes d'affaires, des intellectuels côtoient les anciens hauts fonctionnaires du régime passés dans l'opposition. Les révolutionnaires de la première heure - du « Conseil du 17 février » qui ne dispose que de 5 des 31 sièges au CNT - commencent à faire entendre leur mécontentement. Certaines personnalités ont pris du recul en attendant la vraie bataille des premières élections législatives, le consensus étant que les membres de l'équipe actuelle, Moustapha Abdeljalil inclus, ne pourront pas se présenter à l'avenir.
Mais avec la mise en place d'un embryon d'administration, les luttes de pouvoir se sont exacerbées. Les postes de représentants de la rébellion à l'étranger, notamment à Paris et Washington, sont très disputés.
(Source : agences)


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