L’ancien chef militaire n’a plus grand-chose à voir avec le « boucher des Balkans » des années 90. Photo Reuters
Peu avant l'audience, le fils de Ratko Mladic, Darko, avait indiqué à la presse que son père se considérait comme « non coupable » et que son état de santé ne permettait pas son transfèrement devant la justice internationale. Sa famille réclame un examen médical par des médecins « indépendants », incluant des Russes et des Serbes, selon des sources judiciaires. L'audition de Mladic, 69 ans, avait dû être interrompue jeudi car il « devait prendre un médicament », selon le Tribunal serbe pour les crimes de guerre. Mladic était furtivement apparu devant les caméras, vieilli, affaibli et se déplaçant avec difficulté, n'ayant plus grand-chose à voir avec le « boucher des Balkans » des années 1990. Pour d'autres cependant, Ratko Mladic est parfaitement en mesure de communiquer avec ses interlocuteurs.
Le TPIY s'apprête donc à accueillir l'ancien chef militaire serbe avant la fin de son mandat, prévue pour décembre 2014. Mladic est le 160e des 161 criminels de guerre présumés poursuivis par le TPIY. Un seul accusé manque encore à l'appel, Goran Hadzic, 52 ans, ancien président de la République serbe autoproclamée de Krajina, toujours en fuite. À son arrivée aux Pays-Bas, Ratko Mladic sera conduit au quartier pénitentiaire du tribunal, dans une prison néerlandaise de La Haye. Une fois au centre de détention, il sera informé de ses droits et pourra rencontrer son avocat. Il sera ensuite conduit au tribunal pour une audience de comparution initiale au cours de laquelle il pourra, s'il le souhaite, plaider coupable ou non coupable des quinze chefs d'accusation qui pèsent contre lui. S'il refuse, il bénéficiera d'un délai de 30 jours avant que la question ne lui soit à nouveau posée. S'il plaide coupable de tous les chefs d'accusation, son procès n'aura pas lieu et le tribunal prononcera une peine. S'il plaide non coupable, ne serait-ce que d'un seul chef d'accusation, la phase préliminaire du procès, au cours de laquelle la défense prendra notamment connaissance des éléments de preuve de l'accusation, pourra commencer. Celle-ci devrait durer des mois, voire un an, avant l'ouverture du procès lui-même.
Parallèlement, l'arrestation de Mladic intervient à point nommé pour Belgrade, à un moment où la communauté internationale se faisait de plus en plus critique sur la coopération de la Serbie dans la recherche des criminels de guerre. « C'était la onzième heure et je ne suis pas surpris par l'arrestation de Mladic dans la mesure où les autorités étaient face au mur », a estimé Zoran Dragisic, un universitaire de Belgrade spécialiste des questions de sécurité, à la télévision B92. « Le temps presse » pour la Serbie si elle souhaite obtenir le statut de candidat à l'Union européenne d'ici à la fin de l'année et pour cela une coopération entière avec le TPIY est d'une « importance cruciale », avait déclaré une semaine auparavant à Belgrade le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Des fuites dans la presse annonçaient il y a quelques jours que le procureur du TPI, Serge Brammertz, allait soumettre début juin au Conseil de sécurité de l'ONU un rapport très sévère sur la coopération de Belgrade avec le tribunal, en matière de recherches de criminels de guerre.
(Source : AFP)

