Les principaux intervenants au Forum économique arabe, qui a eu lieu hier. Photo Hassan Assal
Organisé par le groupe al-Iktissad wal-Aamal en partenariat avec la BDL, l'ABL et la Banque mondiale (BM), cet événement, qui constitue une plate-forme favorisant les débats et les échanges, a notamment porté sur le « séisme » qui secoue actuellement le monde arabe.
Les causes politiques mais aussi et surtout socio-économiques du mouvement de contestation sans précédent qui a abouti jusque-là au renversement de deux régimes en place, ainsi que les défis engendrés par cette nouvelle donne, ont été en effet au cœur des interventions des différents participants.
Parmi les principaux enjeux évoqués à cet égard : le chômage croissant, la pauvreté, la flambée des prix des denrées alimentaires, ou encore un développement inégal dans les divers pays de la région.
L'économie et la politique étroitement liées
La ministre sortante des Finances, Raya el-Hassan, a ainsi souligné que « les pays arabes vont devoir reconsidérer leurs politiques économiques et sociales » au vu des bouleversements en cours. Elle a notamment évoqué à cet égard l'importance de la création d'un environnement favorable à l'essor du secteur privé et la levée des obstacles qui entravent son développement.
Pour cela, il faudra garantir un environnement politique susceptible de favoriser « la mise en place d'outils et de moteurs de croissance économique », le succès de l'un étant indissociable du succès de l'autre, a-t-elle prévenu. Sur le plan local, Mme el-Hassan a indiqué que les priorités sont actuellement « de créer des opportunités d'emploi pour tous les Libanais (...) et de maintenir une croissance équilibrée ».
Le ministre d'État Adnane Kassar a, pour sa part, indiqué que les changements régionaux se répercuteront sans doute sur l'économie libanaise, appelant les parties concernées à entamer un dialogue constructif qui paverait la voie à la formation d'un nouveau cabinet et limiterait ainsi les retombées négatives du marasme régional.
De son côté, l'ancien Premier ministre, Fouad Siniora, qui représentait le Premier ministre sortant, Saad Hariri, a souligné que la réussite des révolutions arabes devrait servir de tremplin au lancement de réformes économiques structurelles. « Bien que les pays arabes aient enregistré des taux de croissance acceptables au cours des deux dernières décennies, cette croissance n'a pas profité de manière équitable à l'ensemble de la population », a-t-il souligné.
Toujours sur le plan local et sur un ton plus optimiste, le président de l'ABL, Joseph Torbey, a souligné qu'en cette période de troubles politiques dans la région, le Liban fait figure de refuge pour les investissements, en dépit du retard pris dans la formation du nouveau gouvernement. « Il est vrai que l'activité économique s'est quelque peu contractée au cours des premiers mois de l'année entraînant des révisions à la baisse des prévisions de croissance pour 2011, mais nous misons beaucoup sur de meilleurs résultats au cours du second semestre de l'année », a précisé M. Torbey.
Salamé : Pas de hausse des taux d'intérêt
Enfin, le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, s'est contenté de passer en revue les différentes actions adoptées par la Banque centrale depuis 1993 visant à stabiliser la monnaie locale, à renforcer la confiance dans le secteur financier et à créer un climat propice à l'investissement et à la consommation. Le gouverneur de la BDL a souligné en outre que la Banque centrale n'a pas cessé, au cours de ces années, de contribuer au financement du secteur public « Ainsi, nous avons, en permanence, souscrit à des bons du Trésor en livres et en dollars », a expliqué M. Salamé. « Nous avons également veillé à la pérennité du secteur bancaire. Ainsi nous avons étendu notre autorité à toutes les banques, mais également à l'ensemble des institutions financières opérant sur le territoire. De plus, nous avons encouragé les opérations de fusion et d'acquisition, dans le but de sortir du marché les banques faibles. De 1993 à 2005, la BDL a retiré les licences de 44 % des banques opérant sur le territoire, sans que cela n'entraîne de pertes financières pour ces banques », a-t-il poursuivi. Il a indiqué que la BDL maintiendra cette politique afin d'éviter la faillite de toute banque, et de préserver ainsi l'argent des déposants.
Quant à la situation actuelle, M. Salamé a indiqué que l'inflation devrait osciller cette année entre 6 et 7 %, notant toutefois que le niveau d'inflation sur le marché local reste inférieur à celui des pays de la région et des pays émergents. L'inflation pourrait toutefois s'élever à 4 %, si les prix des matières premières, qui ont récemment reculé, poursuivent leur baisse au cours des prochains mois. À cet égard, il a souligné que la BDL n'aurait pas recours à une hausse des taux d'intérêt pour contrer les effets inflationnistes, compte tenu du fait que la hausse actuelle des prix est le résultat de facteurs exogènes plus qu'endogènes. Le gouverneur de la BDL a enfin appelé à la mise en place d'une stratégie nationale pour l'énergie, visant à limiter les effets de la hausse des cours de pétrole sur le pouvoir d'achat des Libanais.

