Ausama Monajed dirige The Syrian Revolution News Round-up, un bulletin quotidien sur les manifestations et les violences qui se base sur des témoignages oculaires et diffuse des images prises à l'aide de téléphones portables, authentifiées autant que possible.
Ce bulletin, parfaitement rédigé en anglais, arabe et français est par la suite envoyé aux groupes de défense des droits de l'Homme et aux médias internationaux.
Les médias classiques et les nouveaux moyens de communication comptent désormais de plus en plus sur le journalisme citoyen --un terme seulement récemment introduit dans le lexique arabe-- pour la couverture depuis la mi-mars des manifestations inédites contre le régime du président Bachar el-Assad.
Comme d'autres Syriens à l'étranger, M. Monajed est en contact avec des opposants à l'intérieur, qui parfois risquent leur vie pour filmer la contestation. Les militants doivent parfois faire passer les images en cachette par la frontière aux pays voisins pour diffusion.
"Les gens sur le terrain nous contactent, nous donnent des informations, des images, des contacts, et tout cela est traité et renvoyé au pays et aux médias classiques", explique à l'AFP M. Monajed joint par téléphone aux États-Unis. "Tout provient de l'intérieur et est monté à l'étranger".
Depuis le début du soulèvement en Syrie, plus de 1 000 personnes ont été tuées par les forces de sécurité et 10 000 arrêtées, selon des ONG, dans la répression du mouvement qui réclame des réformes démocratiques après 48 ans de règne du parti Baas.
Les autorités interdisent à la presse l'accès aux localités secouées par les manifestations et imposent des "accompagnateurs" aux journalistes à Damas.
Le réseau Shaam News Network, qui se présente comme "un groupe de jeunes militants patriotes syriens (...) soutenant les efforts du peuple syrien pour un changement démocratique et pacifique", a gagné en popularité pour sa publication d'informations et images du soulèvement en ligne.
Facebook, YouTube et Twitter, moteurs des soulèvements en Égypte et en Tunisie, sont devenus une source d'information sur les manifestations en Syrie tant pour les citoyens que pour les journalistes.
La page Facebook The Syria Revolution 2011 a ainsi attiré plusieurs dizaines de milliers de membres dès les premiers jours après la publication de vidéos en ligne.
"Une bonne partie de notre réseau de communication dépend de la communication par satellite", quand l'accès internet est coupé et les réseaux de téléphonie mobile brouillés par les autorités, explique un autre militant syrien, Rami Nakhlé, basé à Beyrouth.
Le président Assad a ouvert l'accès à Facebook en février, une mesure visant, selon les opposants, à contrôler de près la contestation en ligne.
"Selon nos contacts en Syrie, plusieurs personnes ont été contraintes lors de leur interrogatoire de révéler leurs mots de passe pour l'accès à Facebook et à leurs courriels", affirme M. Nakhlé, rédacteur du bulletin quotidien "Jasmine Revolution", qui communique sur Skype car moins contrôlé que le réseau de téléphonie.
Mais désormais, plusieurs milliers de citoyens syriens ont trouvé une voix.
"Le journalisme citoyen joue un rôle primordial, il amplifie la dépossession et le désespoir de ceux qui ne peuvent pas parler", explique le sociologue Samir Khalaf, professeur à la American University of Beirut.
"C'est là qu'intervient le journalisme citoyen (...) dans un soulèvement, où justement il est question de citoyenneté".

