L'inquiétude était palpable dans les rues de la capitale. « Nous ne savons pas où Saleh nous emmène. Les pays du Golfe auraient dû poursuivre leurs efforts afin que le pays ne bascule pas dans la violence », affirme Ahmad Saleh, un fonctionnaire. Une inquiétude partagée par nombre d'analystes, qui estiment que le Yémen risque de s'enfoncer dans la violence. Après l'échec du plan de sortie de crise des monarchies arabes du Golfe, « les autres scénarios possibles sont la poursuite du bras de fer entre le régime et l'opposition jusqu'à la victoire d'une des deux parties, ou la guerre civile », a estimé Ibrahim Sharqieh, directeur adjoint du Brookings Doha Center. Le président Saleh, qui a refusé dimanche de signer l'accord élaboré par les monarchies du Golfe, a mis en garde l'opposition contre une « guerre civile ». « S'ils s'entêtent, nous les affronterons partout et par tous les moyens possibles », a-t-il dit. Pour M. Charqieh, des affrontements pourraient opposer les forces fidèles à M. Saleh à celles du puissant général dissident Ali Mohsen al-Ahmar. Mais des combats pourraient aussi impliquer dans ce pays à structure tribale et dont la population est fortement armée les rebelles zaïdites chiites dans le Nord, les partisans du mouvement séparatiste dans le Sud, les activistes d'el-Qaëda ou encore les jeunes contestataires qui manifestent dans les villes. « Il y a autant de chances de voir aboutir un règlement politique que de voir la situation prendre une tournure violente », a encore estimé l'analyste. Hier, de violents affrontements ont ainsi opposé à Sanaa la police et des partisans d'un chef tribal rallié à la contestation, cheikh Sadek al-Ahmar, faisant six tués et 39 blessés, selon des sources sécuritaires et des témoins. L'analyste britannique Neil Partrick affirme, lui, s'attendre dans les jours à venir à « plus de développements dramatiques au Yémen (...) ». Plus direct, l'analyste yéménite Ali Seïf Hassan estime que « le risque d'une confrontation militaire est désormais très probable, notamment à Sanaa ».
Réunis dimanche soir à Riyad, les ministres des Affaires étrangères du Conseil de coopération du Golfe ont décidé de « suspendre leur initiative » en raison de l'attitude du président yéménite et appelé les Yéménites à faire preuve de « patience et de sagesse » pour épargner à leur pays « une catastrophe ». Hier, les États-Unis ont affirmé avoir été « profondément déçus » par l'attitude de refus de M. Saleh. « Nous pensons que le président Saleh a toujours la possibilité de signer cette initiative (...) et de sortir de l'impasse. Nous l'exhortons à agir et à résoudre cette situation », a déclaré Mark Toner, porte-parole du département d'État. La France a également dénoncé hier le comportement « irresponsable et inacceptable » du président Saleh. De son côté, l'UE a indiqué qu'elle « réexaminera sa politique à l'égard du Yémen et préparera une réponse en fonction de l'évolution de la situation ».
Pour leur part, les jeunes qui campent depuis trois semaines sur la place du Changement dans la capitale ont décidé « (...) d'appeler à la grève générale quatre jours par semaine », a déclaré un des meneurs du mouvement, Wassim al-Qirshi. « Le régime est sur le point de tomber, et il tente de nous entraîner vers la violence, mais nous ne lui donnerons aucune chance d'avoir recours à la force », a-t-il dit. Il a expliqué que les jeunes allaient pour le moment reporter la date d'une marche prévue sur le palais présidentiel, afin d'éviter les affrontements entre unités rivales de l'armée.
(Source : AFP)


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