Les soldats syriens ont renforcé leur présence à Arida, face à Wadi Khaled. Pour les réfugiés, il reste les sentiers de contrebande. Photo AFP
Des députés du Hezbollah ont ainsi affirmé au cours du week-end que Jeffrey Feltman a transmis aux responsables libanais (notamment le président Sleiman, le Premier ministre désigné Nagib Mikati, le leader druze Walid Joumblatt et l'ancien Premier ministre Fouad Siniora) un message clair, selon lequel il faudrait empêcher un gouvernement contrôlé par le 8 Mars de voir le jour, et en tout cas tout gouvernement au Liban devrait respecter les résolutions internationales de l'ONU et le TSL. De plus, il aurait demandé aux responsables de maintenir le calme à la frontière sud, surtout en prévision de la nouvelle marche palestinienne prévue le 7 juin en souvenir de la naksa (la défaite de 1967), pour ne pas rééditer le scénario de Maroun el-Rass il y a une semaine, tout en les poussant à garder la frontière nord ouverte en prévision de l'accueil de réfugiés syriens.
De son côté, Chibani, qui a tenu à rencontrer de nombreuses personnalités sunnites, dont le mufti Mohammad Rachid Kabbani, a appuyé une formation rapide du gouvernement et appelé les Libanais à ne pas laisser les Américains intervenir dans leurs affaires internes.
En réalité, le Liban politique est dans l'attente de deux rendez-vous importants au cours des prochaines 48 heures. Le premier aura lieu demain à travers le rassemblement de solidarité avec la population syrienne qui doit se tenir dans un local à Sin el-Fil, après l'annulation du premier rendez-vous faute de trouver un lieu d'accueil, et le second aura lieu mercredi avec le discours attendu du secrétaire général du Hezbollah à l'occasion de la onzième célébration de la fête de la Libération, décrétée le 25 mai.
Le premier rendez-vous risque de relancer la polémique sur la position libanaise à l'égard des développements en Syrie - que les deux camps rivaux suivent avec une grande attention -, le 14 Mars se déclarant favorable à la démocratie et aux revendications populaires, alors que le 8 Mars estime qu'en Syrie, il s'agit d'un complot américano-israélien et qu'appuyer les émeutiers équivaut à une intervention directe contre le régime syrien. Il faut d'ailleurs s'attendre à l'organisation d'une manifestation de solidarité avec le régime syrien en riposte à celle prévue mardi, ce qui transformerait le Liban en terrain de friction favori des pro et des antirégime syrien. Il faut signaler à cet égard que les armées syrienne et libanaise ont pris de nouvelles dispositions à la frontière nord pour la verrouiller, mais les habitants de la région affirment qu'il est quasiment impossible de la contrôler strictement en raison des nombreux points de passage clandestins entre les deux pays.
La position vis-à-vis des développements en Syrie n'est pas le seul dossier conflictuel entre les deux camps puisqu'une nouvelle polémique les oppose désormais au sujet de la décision du président de la Chambre Nabih Berry de convoquer dans dix jours le Parlement à une séance de législation, pour notamment voter le renouvellement du mandat du gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé. Pour le 14 Mars, une telle convocation est illégale alors que le gouvernement est démissionnaire et chargé des affaires courantes, alors que le 8 Mars rappelle que lorsque le Parlement a voté la loi d'amnistie qui a permis la libération du chef des Forces libanaises en juillet 2005, le gouvernement était aussi démissionnaire et chargé de gérer les affaires courantes. Toujours est-il que les députés du 14 Mars menacent de boycotter la séance...
Au sujet du discours de Hassan Nasrallah, les proches du Hezbollah affirment qu'il sera global. Il devrait commencer par les dernières déclarations du président américain Barak Obama sur l'État palestinien et ses frontières avant d'évoquer la situation en Syrie et le processus de formation du gouvernement. Les événements de Maroun el-Rass ainsi que la visite du secrétaire d'État américain adjoint au Liban devraient aussi occuper une bonne place dans ce discours.
Le mot de la fin dans cette journée dominicale revient au patriarche maronite Mgr Béchara Raï qui a déclaré hier que le problème au Liban, c'est que chacun croit détenir toute la vérité... Une phrase qui reste à méditer, mais n'est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

