Cette photo prise de Youtube montrerait des dizaines de personnes manifestant hier dans un des souks de Homs, où les magasins étaient fermés après un appel à la grève lancé sur Facebook.
S'exprimant mardi devant des responsables locaux, le président Assad « a donné des assurances que la crise avait été surmontée et que les événements étaient en passe d'être terminés », selon des déclarations publiées par le journal al-Watan. Mais il a aussi reconnu des méfaits de la part des services de sécurité, les attribuant au manque d'entraînement.
Un appel à la grève générale lancé par l'opposition semblait par ailleurs avoir été peu suivi hier. À Damas, plutôt épargnée par les grandes manifestations contre le régime, les écoles et les commerces sont restés ouverts, et les transports publics fonctionnaient normalement. La grève n'était pas non plus suivie à Alep, ont déclaré des habitants. De même à Lattaquié, principal port où un habitant a affirmé que « la majorité (des habitants) n'était même pas au courant » de l'appel à la grève. Selon des vidéos postées sur YouTube, des dizaines de personnes ont manifesté dans un des souks de la ville de Homs, où les magasins étaient fermés. Une autre vidéo postée sur le même site montrait également des rideaux de fer tirés dans un souk de Zabadani, non loin de Damas. Dans plusieurs foyers de la contestation, l'intervention ou le siège par les forces de sécurité et l'armée a de toutes les façons paralysé ou du moins ralenti les activités économiques et sociales, en particulier à Homs, Deraa, Banias et Tall Kalakh. Sur des sites Internet, des témoins ont affirmé que plus de 1 000 étudiants ont été arrêtés à l'université d'Alep et que 350 autres ont été blessés lors des affrontements avec les forces de sécurité.
Sur le plan diplomatique, les États-Unis ont décidé de sanctionner directement le président syrien Bachar el-Assad et six des principaux chefs du régime pour leur rôle dans la répression sanglante, a annoncé hier le gouvernement américain. Un nouvel ordre exécutif signé par le président Barack Obama « est une mesure décisive pour accroître la pression sur le gouvernement syrien afin qu'il cesse la violence contre son peuple et entame la transition vers un système démocratique », affirme un communiqué. « Comme nous l'avons déjà dit, Assad doit diriger une transition politique ou partir », peut-on lire dans ce document émanant de la diplomatie américaine et du département du Trésor. Un éventuel départ d'Assad « est une décision revenant au bout du compte au peuple syrien », affirment les États-Unis pour justifier l'absence d'appel au départ du président syrien. Les six autres personnes visées sont : le vice-président Farouk al-Chareh, le Premier ministre Adel Safar, le ministre de l'Intérieur Mohammad Ibrahim al-Shaar, le ministre de la Défense Ali Habib Mahmoud, le chef des renseignements militaires Abdul Fatah Qudsiya, et le « directeur de la sécurité politique » Mohammad Dib Zaitoun.
Deux Iraniens sanctionnés
En outre, Washington a également décidé de sanctionner deux chefs des gardiens de la révolution iraniens pour leur rôle dans la répression en Syrie. Il s'agit de Qasem Soleimani, commandant de l'unité d'élite iranienne al-Qods, et Mohsen Chizari, « l'un de ses principaux lieutenants ».
Parallèlement aux sanctions américaines, la Suisse a instauré des sanctions contre la Syrie, dont le gel des avoirs de 13 personnalités du régime de Damas, ont indiqué les autorités helvétiques, se ralliant aux mesures prononcées début mai par l'UE. Le nom du président Assad ne figure pas sur la liste suisse. Par ailleurs, l'Union européenne planche sur la possibilité de sanctionner M. Assad dans son prochain train de sanctions. « La situation nous impose désormais d'envisager toutes les options », a dit mardi la haute représentante de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton.
De son côté, le président russe Dmitri Medvedev a déclaré hier qu'il n'approuverait pas l'adoption d'une résolution à l'ONU autorisant le recours à la force en Syrie, arguant que la coalition occidentale ne respectait pas les décisions du Conseil de sécurité au sujet de la Libye. Il n'a pas indiqué cependant s'il soutiendrait une éventuelle résolution au Conseil de sécurité condamnant la répression de manifestations d'opposition en Syrie. « Le président (syrien Bachar) al-Assad a annoncé des réformes. Il faut faire en sorte que ces réformes soient effectives, et non pas essayer de faire pression avec des résolutions car, en règle générale, ça n'apporte rien », a estimé M. Medvedev. À ce sujet, le dirigeant d'un groupe d'opposants syriens en exil, le Parti réformiste syrien (RPS), a estimé hier que le dialogue était le seul moyen de mettre fin aux violences en Syrie. Le président syrien Bachar al-Assad est « le seul... qui puisse sortir la Syrie de la crise », notamment en mettant en œuvre des réformes, a déclaré Marc Hussein, codirigeant du RPS, une organisation basée aux États-Unis. « Je ne considère pas Bachar al-Assad comme un criminel », a ajouté cet avocat installé à Londres.
La position turque
En outre, une première fausse note est apparue dans la bonne entente entre la Syrie et son voisin de Turquie, qui, sans appeler au départ du président Assad, s'inquiète de plus en plus d'éventuelles conséquences de la crise syrienne sur sa propre stabilité. Les autorités syriennes n'ont pas apprécié une remarque du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a comparé la répression en cours en Syrie, où des centaines d'opposants ont été tués, au gazage de milliers de Kurdes dans la ville de Halabja, en 1988, par le régime de Saddam Hussein. Dans une interview au journal Daily News, l'ambassadeur de Syrie en Turquie, Nidal Kabalan, a en partie excusé cette fausse note dans le dialogue jusque-là très amical entre Ankara et Damas par le fait que la Turquie est en campagne pour les élections législatives de juin, où le parti au pouvoir, issu de la mouvance islamiste, brigue un troisième mandat. Les deux pays se sont considérablement rapprochés ces dernières années, et MM. Erdogan et Assad entretiennent des liens personnels. Le représentant syrien n'en a pas moins reproché aussi à la Turquie d'avoir accueilli, en avril, une réunion d'opposants syriens, dont « un mentor des Frères musulmans, Riad al-Shaqfa ». « Pour nous, les Frères musulmans, c'est comme le PKK en Turquie », a-t-il dit, se référant au Parti des travailleurs du Kurdistan, mouvement armé que le régime d'Ankara qualifie de terroriste. La Turquie craint que les troubles en Syrie fassent tache d'huile, des rebelles kurdes étant présents des deux côtés de la frontière. Elle redoute une division de la Syrie, et l'entrée de réfugiés syriens sur son sol.
(Sources : rédaction et agences)


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