Même s'il semble à l'abri dans son bastion de la bande de Gaza, le Mouvement de résistance islamique a conclu le mois dernier un accord de réconciliation avec son ennemi laïc du Fateh, mettant fin à des années de rivalité acharnée. Ce faisant, il a de facto prolongé son cessez-le-feu avec Israël. Aucun mortier ou missile n'a été tiré de la bande de Gaza depuis l'annonce de l'accord le 27 avril - une rare période de calme le long d'une des plus dangereuses frontières au monde. Autre indice, le Hamas a omis de manifester un soutien sans faille au président syrien Bachar el-Assad, confronté depuis deux mois dans son pays à une contestation populaire sans précédent, en dépit du fait que la Syrie héberge depuis dix ans la direction du mouvement palestinien. « Le Hamas ne peut pas soutenir un régime syrien qui massacre son peuple. C'est une position très embarrassante », note Samir Aouad, analyste à l'université de Birzeit, en Cisjordanie.
Ce brusque refroidissement alimente des rumeurs selon lesquelles le Hamas pourrait quitter Damas - ce qui l'éloignerait de la sphère d'influence chiite iranienne - et renforcer ses liens avec des gouvernements qui entretiennent de bonnes relations avec l'Occident, comme l'Égypte, le Qatar ou l'Arabie saoudite. Les premières rumeurs d'un déménagement du Hamas ont paru dans le quotidien panarabe à capitaux saoudiens al-Hayat, qui citait des sources anonymes palestiniennes. Le Hamas dément envisager de quitter la capitale syrienne, mais certaines sources avancent qu'il pourrait ouvrir de nouveaux bureaux ailleurs. « Je crois que le Hamas est sérieux cette fois. Il prend sa chance et veut qu'on lui donne sa chance », estime l'analyste politique Hani Habib, qui vit dans la bande de Gaza. « Je ne crois pas que les acteurs dans la région et dans le reste du monde devraient s'inquiéter de voir le Hamas s'orienter vers une direction plus modérée. »
L'idée que le groupe islamiste puisse changer est fermement rejetée par Israël, qui rappelle que la charte fondatrice du mouvement appelle clairement à la destruction de l'État hébreu. Israël, comme nombre de ses alliés occidentaux, considère le groupe comme une organisation terroriste et souligne qu'Ismaïl Haniyeh, le chef de l'administration mise en place par le Hamas dans la bande de Gaza, a condamné avec force la mort d'Oussama Ben Laden, parlant de « l'assassinat d'un jihadiste arabe ». « Le Hamas n'a changé ni d'idéologie ni de politique, et n'a certainement aucunement l'intention de s'entendre sur un quelconque accord de paix avec l'État d'Israël », déclarait récemment dans un discours à Tel-Aviv le directeur du Shin Bet, le contre-espionnage israélien, Yuval Diskin. Au mieux, ajoutait-il, le Hamas pourrait « accepter un cessez-le-feu qu'il utiliserait pour consolider son pouvoir ».
Il est intéressant toutefois de voir que plusieurs dirigeants du groupe palestinien ont rapidement pris leurs distances avec l'éloge rendu à Ben Laden par Ismaïl Haniyeh. « Concernant Ben Laden, tout le monde sait que le Hamas a des différences avec el-Qaëda (...), en particulier (ses) opérations visant les civils », a déclaré le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, à la chaîne France 24. M. Mechaal a donné plus d'interviews ces dernières semaines qu'au cours des années précédentes, visiblement soucieux d'afficher la position du Hamas sur le problème de la paix avec Israël. Même s'il n'est pas allé jusqu'à reconnaître Israël, il a répété qu'il souhaitait l'établissement d'un État palestinien le long des frontières antérieures à la guerre de 1967, suggérant que le Hamas serait prêt à s'accommoder à la réalité d'Israël. Il a également déclaré qu'il consulterait d'autres factions palestiniennes plus modérées sur la manière d'affronter Israël, suggérant que le Hamas n'attaquerait plus sans consensus préalable. Un autre responsable du mouvement, Sami Abou Zouhri, a déclaré au journal Le Monde que les observateurs ne devraient pas se focaliser sur le texte sans compromis de la charte de 1988, mais juger plutôt le Hamas sur les propos de ses dirigeants.
Le mouvement est encore très loin d'approcher les critères retenus par le quartette international sur le Proche-Orient - États-Unis, Russie, Union européenne et Nations unies -, qui exige du Hamas qu'il reconnaisse Israël et renonce à la violence s'il veut être accepté comme partenaire de paix. Toutefois, l'UE et les États-Unis attendent leur heure, espérant sans nul doute que le Hamas est véritablement en train de se transformer. S'il est trop tôt pour deviner où le « printemps arabe » conduira le Hamas, si personne ne s'attend à le voir négocier la paix avec Israël dans un proche avenir, chacune de ses initiatives sera scrutée à la loupe.
©Reuters


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