Moyen Orient et Monde

La gaudriole avec des si

Le point
17/05/2011
Le Fonds monétaire international, décapité, se retrouve dans l'embarras en ces heures cruciales pour l'économie de nombreux pays, avec un numéro deux réduit au rôle d'expéditeur des affaires courantes comme un vulgaire gouvernement démissionnaire. La Grèce « en détresse » (c'est Kathimérini qui l'écrit) s'interroge sur la restructuration de sa dette,après le rendez-vous manqué d'hier lundi avec la chancelière allemande Angela Merkel, censé porter sur un éventuel deuxième paquet d'aide moyennant une austérité accrue pour un pays exsangue. La mécanique financière européenne, passablement grippée ces temps-ci, condamnée à des retards d'allumage pour un temps indéfini. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà le pétrole - en attendant l'or, l'argent, les matières premières ? - qui pique du nez pour cause d'euro soudain saisi d'un accès de faiblesse.
En France même, le Parti socialiste, qui s'apprêtait à démarrer sur les chapeaux de roue après des primaires prévues pour le mois prochain, avec un candidat à la présidentielle donné par tout le monde comme imbattable dans un an, doit se résoudre à rebattre ses cartes internes et à s'engager dans un combat de sous-chefs. Enfin, une présidentielle française, qui ne comportait, disait-on il y a encore quelques heures, qu'une seule inconnue représentée par l'outsider Marine Le Pen, se présente soudain comme ouverte à toutes les possibilités.
Mieux que le fameux effet papillon, il y a dans cette abracadabrantesque affaire Strauss-Kahn l'illustration de la théorie du grain de sable capable d'enrayer la plus puissante des machines. Ou bien, plus célèbre encore, l'observation de Pascal sur le nez de Cléopâtre (... « s'il eut été plus court, toute la face de la terre aurait changé » ). Car pensez un peu à ce qui se serait produit si le nettoyage de la suite 2806 de l'hôtel Sofitel n'avait pas été confié à une accorte soubrette, mère d'une fillette de 10 ans mais à une digne matrone d'un âge et d'un poids respectables. Il est fort à parier que ne se serait pas produit le tsunami (on exagère à peine) qui a bouleversé le monde. Et dire qu'en 2007 Nicolas Sarkozy avait tout fait pour aider au parachutage de l'ancien ministre mitterrandiste à la tête du prestigieux organisme financier, pensant ainsi l'écarter de la course à l'Élysée, cinq ans plus tard... À défaut d'un autre titre, la France peut désormais s'enorgueillir de posséder enfin le premier homme politique d'envergure à être tombé victime d'une affaire de sexe et non pas d'un scandale d'argent. À l'heureux temps où un chef d'État pouvait, comme « Tonton », installer à Matignon une ancienne conquête ou bien, comme son successeur, emprunter la Ferrari de Roger Vadim pour ses escapades nocturnes sans susciter autre chose que des clins d'œil égrillards ! Depuis le week-end dernier, on sait qu'un futur président de la République peut succomber à la tentation sans parvenir à surmonter l'obstacle, comme l'avait fait Bill Clinton en son temps, ou en assumant ses écarts de conduite, comme Silvio Berlusconi.
Le problème de DSK, c'est qu'il n'en est pas à sa première incartade. À peine installé à la tête du FMI, il avait eu des faiblesses pour une fonctionnaire, la Hongroise Piroska Nagy, toute heureuse de répondre à ses avances. Si l'époux trompé n'avait pas apprécié une telle infidélité, l'affaire ne s'en était pas moins terminée par un « non-lieu » assorti d'un blâme adressé au coupable. « Une sérieuse erreur de jugement », avait décrété l'auguste assemblée. En 2002, une journaliste stagiaire avait eu à subir les assauts répétés de ce « womanizer », ainsi que les Américains qualifient ce genre de personnage ayant « des relations pathologiques avec les femmes », dixit Marine Le Pen. Pour sa part, la députée socialiste Aurélie Filipetti ne voulait plus « avoir à se retrouver seule avec cet homme » à la suite d'un épisode pénible pour elle, remontant à 2008. Dans Sexus politicus, un livre sur les mœurs des hommes politiques, les journalistes Christophe Deloire et Christophe Dubois consacrent un chapitre entier à celui qui avouait au journal Libération : « Oui, j'aime les femmes. Et alors ? »
Déjà les supputations vont bon train, en France surtout : machination, piège tendu, coup tordu, scénario de polar, la palme de l'imagination débridée revenant à Michelle Sabban, une strauss-kahnienne, convaincue que l'affaire constitue « un complot international (parce que) c'est le FMI qu'on a voulu décapiter » (sic !). Il reste que le plus accablant, ce n'est pas tant l'affaire elle-même que le peu d'étonnement qu'elle a suscité, malgré les commentaires de circonstance.
Combien juste avait vu de Gaulle, qui disait en 1963 : « Être insoupçonnable, ce n'est pas seulement n'avoir pas commis de faute grave ; c'est ne pas prêter le flanc à un quelconque soupçon de défaillance. »

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