Devant les caméras des journalistes étrangers, des Yéménites transportent un de leurs camarades blessé par les tirs des forces de sécurité à Sanaa. Ahmed Jadallah/Reuters
Déjà en matinée, deux manifestants avaient été tués par balles à Taëz, portant à sept le nombre de morts depuis dimanche dans la deuxième ville du pays, devenue un foyer de la révolte. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles pour déloger des manifestants qui observent depuis dimanche soir un sit-in sur la principale avenue de Taëz. Des milliers d'habitants sont descendus dans les rues par la suite, marchant sur plusieurs bâtiments officiels dans la ville, selon des témoins. Ils ont notamment pris d'assaut le siège de la Compagnie yéménite du pétrole, qu'ils ont fermée à l'aide de cadenas, et ont apposé à l'entrée du bâtiment une pancarte proclamant « Fermée par décision du peuple », d'après ces témoins. Un autre contestataire a été tué dans la ville portuaire de Hodeida, sur la mer Rouge, lorsque la police a ouvert le feu pour disperser des manifestants près du siège de l'administration locale, selon des médecins et des témoins.
En outre, des heurts ont opposé les manifestants et les forces gouvernementales dans plusieurs villes du Sud, où un appel à la grève générale a été lancé par les organisateurs de la contestation. À Dhamar, un homme a été tué par les tirs des forces de sécurité qui cherchaient à disperser une manifestation, selon des médecins et des habitants. À Aden, deux manifestants ont été blessés par balles lorsque des militaires ont ouvert le feu sur la foule, qui bloquait l'accès à certaines artères de la ville à l'aide de blocs en ciment, selon des témoins. Les commerces ont baissé leurs rideaux dans la plupart des quartiers de Aden où des tirs étaient entendus par intermittence jusqu'en milieu de journée. La grève était bien suivie dans la province voisine de Lahej, selon des habitants. À Ibb, des centaines de protestataires ont pris d'assaut le siège du gouvernorat et placardé sur la façade du bâtiment « Fermé par décision du peuple », ont indiqué des témoins.
La tension est très vive au Yémen, où la répression du mouvement de protestation réclamant le départ du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis près de 33 ans, a fait au moins 160 morts depuis fin janvier. Les nouvelles violences interviennent alors que les dirigeants des monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG), réunis mardi soir à Riyad, ont exhorté le président yéménite à signer leur plan de sortie de crise. Cet accord, accepté par l'opposition et le régime yéménite mais que le président Saleh refuse de signer, est « l'unique et le meilleur moyen de sortir de la crise et d'épargner au Yémen davantage d'insécurité et de divisions politiques », a déclaré le secrétaire général du CCG, Abdellatif Zayani. Le plan prévoit la formation par l'opposition d'un gouvernement de réconciliation et la démission un mois plus tard de M. Saleh, en échange de son immunité, puis une élection présidentielle dans les 60 jours.
(Source : AFP)

