Médaillon à fleurs.
L'ouvrage intitulé 20x20, Beyrouth, Paris, Tunis, Barcelone est « le fruit de plusieurs années d'un travail de recherche minutieux (...) Un mélange d'histoire de l'art, de technique... et d'émotions », comme le qualifie si bien le PDG de la Banque libano-française, Farid Raphaël qui, à l'occasion de son 80e anniversaire et dans le cadre de son mécénat des arts et de la culture, notamment pour la sauvegarde du patrimoine national, s'est fait « le plaisir » de soutenir l'œuvre de Sophie Skaff. Le carreau de ciment décoré, appelé aussi carreau à dessins, ou carreau 20x20, fait partie en effet de l'histoire des sols méditerranéens et constitue un patrimoine plutôt négligé jusque-là. Né vers 1850 à Viviers, en Ardèche, près de la première cimenterie française, cet art a vite séduit par ses qualités techniques et esthétiques. Sa fabrication s'est alors développée, en particulier aux alentours de Marseille et d'Avignon avant d'être exporté dans les pays des deux rives de la Méditerranée. C'est vers 1890, qu'il s'implante dans les demeures bourgeoises du Liban. Et lorsque le « produit fini », importé de Marseille, cède progressivement la place à son moule de fonte - la fabrication de ces pavés tout plats n'ayant plus de secret pour les artisans locaux -, le tapis de ciment coloré deviendra un élément important de l'architecture libanaise, gagnant même les maisons les plus modestes. Très concurrencée par la céramique émaillée industrielle, sa fabrication cessera dans les années 70. « Ce rejet total du carreau durera jusqu'en 1990. L'après-guerre réveillant la nostalgie des anciennes demeures, la restauration à l'identique réhabilite ces motifs pour une utilisation ou une appropriation nouvelle », signale l'auteure, dont l'ouvrage inspire la furieuse envie d'aller admirer de visu ces « tapis d'été ».
L'art est parfois sous nos pas. Il suffit de regarder
Une envie que partage très fort l'écrivain Olivier Poivre d'Arvor, qui écrit dans la préface : « Je dois à Sophie Skaff de m'avoir ainsi intéressé au sort d'un carreau, dit 20x20, sur lequel mon pied s'est souvent appuyé sans que jamais mon œil ne s'arrête bien longuement dessus (...) J'aime l'idée que cet objet standard ait fait son chemin à travers ces grandes capitales du bord de la Mare Nostrum et qu'il ait pavé tant de sols dans ces grandes et belles villes (...) Un siècle durant, avant de disparaître, il aura été la plus fameuse mosaïque des citadins (...) À Paris, désormais, je fais attention en marchant à reconnaître ça et là mes petits carreaux 20x20. Rien que pour cela, ce livre est indispensable... Je n'ai plus la tête en l'air, comme avant, mais l'œil sur la dalle, l'attention portée sur le beau revêtement du monde. »
Dans son avant-propos, Sophie Skaff explique que son intérêt pour les carreaux est né alors qu'elle restaurait d'anciennes demeures à Beyrouth. « Pour reconstituer le carrelage d'origine de ces maisons, je me retrouvais à écumer le stock des récupérateurs à la recherche de ces carreaux de ciment décoré qui ornaient fréquemment le sol des édifices construits avant 1950... Prise d'un véritable engouement pour ce revêtement, j'allais le débusquer en divers endroits du Liban (...) Après avoir recensé plus de 300 motifs à travers le pays, il m'apparut que la meilleure façon de les garder à portée des yeux était de les consigner dans un livre et d'élargir mon champ d'investigation à d'autres villes. À Paris, je retrouvais souvent les mêmes motifs qu'à Beyrouth - sauf que les carreaux portaient davantage la patine du temps puisqu'ils étaient probablement plus anciens que ceux du Liban. Après Paris, je me rendais à Tunis où, une fois de plus, je constatais la similarité des motifs et de l'approche (...) L'approche espagnole, elle, était tout autre. Ici, l'édition du carreau s'éloignait de la production de masse. Le dessin du motif était confié par les bourgeois nantis aux grands architectes de l'époque qui se chargeaient de le faire exécuter par le célèbre Escofet. Ainsi, le tandem artiste-industriel s'emparait de la production des carreaux pour donner une nouvelle orientation à l'évolution de ce matériau », écrit-elle.
Cet ouvrage de référence - qui fera le bonheur de tous les amateurs ou passionnés des livres d'art - a remporté l'International Print Award 2011 à Dubaï et sera présenté à la galerie Artcurial, hôtel Dassault, à Paris, le 26 mai .

