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Moyen Orient et Monde - Témoignage

Bassam, chrétien de Bagdad, s’est résigné à l’exil

Traumatisé par les attaques antichrétiennes, le jeune professeur de biologie compare la capitale irakienne à Sodome, une « ville condamnée ».

Un soldat irakien gardant l’entrée d’une église à Bagdad.  Ahmad al-Rubaye/AFP

Bassam Anis a longtemps été un optimiste, mais les attaques contre sa communauté auront fini par convaincre cet enseignant chrétien de 26 ans que son propre pays, l'Irak, ne lui offrait plus aucun avenir. Le 30 avril, la mort dans l'âme, il a pris le chemin de l'exil. S'il s'est rallié à cette solution extrême, c'est à cause de l'attaque de la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad par un commando d'el-Qaëda, qui a coûté la vie le 31 octobre à sept membres des forces de sécurité, deux prêtres et 44 fidèles, dont son amie Raghad.
« Avant, j'étais un optimiste, je n'avais jamais imaginé quitter l'Irak, car je ne me voyais pas recommencer ma vie à zéro », confiait peu avant son départ ce professeur de biologie, qui est de culte syriaque-orthodoxe. « Depuis l'attaque, je sais qu'il n'y a plus d'espoir dans ce pays. C'est terrible de penser cela, mais partir est la seule solution », ajoute-t-il, en rappelant la parabole de Loth qui, dans la Bible, doit fuir Sodome, une ville qu'il sait condamnée.
Huit ans après l'invasion américaine, qui a plongé le pays dans le chaos, l'Irak répète à loisir que l'armée et la police sont capables d'assurer la sécurité et que la situation s'améliore. Pourtant, des milliers d'Irakiens continuent de fuir chaque mois en quête d'une vie meilleure, selon l'ONU.
Bassam, lui, demeure traumatisé par le carnage de l'église. Les six heures de la prise d'otages des fidèles, il les a vécues à l'extérieur, pendu au téléphone d'un collègue qui avait réussi à joindre un oncle pris au piège dans l'édifice. « Après l'attaque, ma vie est devenue noire, raconte-t-il. Je ne célébrais plus les fêtes religieuses. »
Le solide jeune homme fond encore en larmes à l'évocation de la mémoire de Raghad. Elle était mariée depuis 40 jours avec son vieux copain Ayad, et enceinte, quand elle a été fauchée par une grenade en cette veille de Toussaint.
Signe de son tiraillement entre le désir de rester et la nécessité de partir, Bassam a récemment rêvé de Raghad. Elle lui confiait sa tristesse de se sentir oubliée dans sa tombe à Bagdad, alors que les chrétiens d'Irak fuient. Bassam a néanmoins choisi de partir, malgré les voix au sein de la communauté chrétienne qui exhortent les fidèles à rester pour ne pas « faire le jeu des terroristes ». « Nous n'avons pas besoin qu'on nous dise ce qu'on doit faire », rétorque-t-il en raillant ceux de ses coreligionnaires qui retirent le crucifix de leur rétroviseur pour ne pas se faire remarquer mais qui, immédiatement, culpabilisent de le faire. « Nous sommes des cibles, on ne peut pas l'ignorer », affirme-t-il.
L'attaque de la cathédrale a indigné l'opinion internationale et la classe politique irakienne a appelé à protéger la très ancienne communauté chrétienne. Pourtant, de nombreuses attaques ciblées contre les chrétiens ont été commises depuis, le plus souvent de nuit. « Tant qu'on ne pourra pas dormir sur ses deux oreilles, on ne pourra pas dire qu'on est en sécurité », estime Bassam.
Signe du climat de méfiance, il n'a rien dévoilé de ses projets à ses voisins, durant les longs mois où il a préparé son départ et celui de sa mère, vendu ses meubles, donné une bonne partie des affaires de la famille. Il a longtemps espéré partir le 9 avril, pour marquer la date anniversaire de la chute du régime de Saddam Hussein en 2003. « Ce fut un jour funeste pour l'Irak, non pas parce que notre vie était meilleure avant, mais car elle est devenue pire après. »
La vente de la maison et de la voiture a pris du retard et le 30 avril Bassam a finalement pris l'avion. Un aller simple pour la Jordanie.

© AFP

Bassam Anis a longtemps été un optimiste, mais les attaques contre sa communauté auront fini par convaincre cet enseignant chrétien de 26 ans que son propre pays, l'Irak, ne lui offrait plus aucun avenir. Le 30 avril, la mort dans l'âme, il a pris le chemin de l'exil. S'il s'est rallié à cette solution extrême, c'est à cause de l'attaque de la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad par un commando d'el-Qaëda, qui a coûté la vie le 31 octobre à sept membres des forces de sécurité, deux prêtres et 44 fidèles, dont son amie Raghad.« Avant, j'étais un optimiste, je n'avais jamais imaginé quitter l'Irak, car je ne me voyais pas recommencer ma vie à zéro », confiait peu avant son départ ce professeur de biologie, qui est de culte syriaque-orthodoxe. « Depuis l'attaque, je sais qu'il n'y a plus d'espoir dans ce...
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