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Moyen Orient et Monde - Reportage

Deraa, la « cité de la peur »

Un habitant de Deraa inspectant sa maison, dont les murs témoignent de l’intensité des opérations militaires. Louai Beshara/AFP

Un silence pesant règne sur Deraa, d'où l'armée syrienne s'est retirée après un ratissage de dix jours, et les quelques habitants, sortis pour la première fois de chez eux, étaient pour la plupart muets de peur.
Les douilles, les débris de verre, les traces de chenilles sur le bitume, les pneus brûlés, des murs noircis montrent l'intensité des opérations militaires dans cette agglomération du sud du pays, symbole de la fronde contre le régime de Bachar el-Assad.
« On n'osait pas sortir. J'ai vu un tireur embusqué sur un toit puis une balle est passée à quelques centimètres de moi. Grâce à Dieu, j'ai eu la vie sauve », affirme Najah Abdallah, une jeune mère de famille, coiffée d'un foulard noir, tenant son fils par la main.
Quelques épiceries ont ouvert leurs portes, une file de voitures s'est formée devant la station d'essence, les boulangeries distribuent à nouveau le pain, et une poignée de consommateurs sirotent leur café sur le trottoir.
Apeuré par la présence de caméras et de journalistes encadrés par des officiers de sécurité, un homme se retranche derrière un « tout va bien, tout est normal ». Brusquement, un autre, proche des contestataires, le prend à partie. « Comment peux-tu dire qu'il n'y a rien, mensonges, moi, je n'ai pas peur de parler, qu'ils viennent me massacrer. On a saccagé ma maison, on a volé mon argent », l'apostrophe-t-il. « Je vivais à l'étranger et qu'est-ce que je vois ? Des morts et de la destruction » s'égosille-t-il. Un des accompagnateurs gênés le qualifie aussitôt de « salafiste cinglé ».
D'autres en revanche reprennent à leur compte la version officielle. « C'était la terreur. Il y avait des hommes armés et cagoulés. Ils avaient établi des barrages et s'en prenaient aux passants. C'était comme un État dans l'État mais nous nous en sommes débarrassés », confie le commerçant Abou Mohammad. « Dix mille personnes à Deraa ont participé aux manifestations pour demander le départ du gouverneur, mais ces inconnus se sont infiltrés dans la foule », ajoute-t-il. Quand un cameraman s'approche pour l'interviewer, il refuse tétanisé : « Si je parle, je ne peux plus dormir chez moi. »
Ali al-Akrad, un vieil homme dans sa galabiya (robe masculine orientale) se désole en voyant le saccage du Palais du justice où il a travaillé durant quarante ans. « Cela fait vingt jours que je suis terré chez moi. Aujourd'hui je sors et je découvre ça. Quel gâchis ! » dit-il.
Les forces de sécurité, qui accompagnent les journalistes, deviennent tendus en s'approchant de la mosquée al-Omari, qui fut le haut lieu de l'opposition à Bachar el-Assad. Ici, la population les toise avec hostilité. À proximité, on peut encore lire sur les murs « les révolutionnaires de Deraa » ou « le peuple veut la chute du régime ».
« Il faudra attendre au moins jusqu'à dimanche pour que la peur s'atténue », a affirmé le nouveau gouverneur Mohammad Khaled al-Hannous. Interrogé sur d'éventuelles manifestations dans sa ville pour le « vendredi du défi », il a rétorqué, « s'ils ont une autorisation et qu'ils ne sont pas armés, il n'y a aucun problème ».
© AFP
Un silence pesant règne sur Deraa, d'où l'armée syrienne s'est retirée après un ratissage de dix jours, et les quelques habitants, sortis pour la première fois de chez eux, étaient pour la plupart muets de peur.Les douilles, les débris de verre, les traces de chenilles sur le bitume, les pneus brûlés, des murs noircis montrent l'intensité des opérations militaires dans cette agglomération du sud du pays, symbole de la fronde contre le régime de Bachar el-Assad.« On n'osait pas sortir. J'ai vu un tireur embusqué sur un toit puis une balle est passée à quelques centimètres de moi. Grâce à Dieu, j'ai eu la vie sauve », affirme Najah Abdallah, une jeune mère de famille, coiffée d'un foulard noir, tenant son fils par la main.Quelques épiceries ont ouvert leurs portes, une file de voitures s'est formée devant la...
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