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Moyen Orient et Monde - Le Billet

ADD*

Quand il se réveille, Ben Laden est mort depuis plus de trois heures. Mais il ne le sait pas encore. Derrière la fenêtre de sa chambre, le bruit a mis la pédale douce. Il trouve ça étrange pour un lundi. Puis se dit que le pays rattrape sûrement le coup du sort. La « fête du Travail » un dimanche, tout de même... Il va dans la cuisine. Jette un coup d'œil vers le basilic sur le rebord de la fenêtre. Il pousse. Lentement, mais sûrement. Il remplit une vieille bouteille d'eau à l'extrémité de laquelle il a percé de petits trous, et fait tomber la pluie sur le basilic.
Il met l'eau à chauffer, le thé au fond de la théière, l'eau sur le thé.

C'est en avalant la première gorgée de son thé bien chaud qu'il apprend, via Internet, que Ben Laden est mort. Moment de surprise. Il allume la télévision. CNN, BBC, France 24. Ouvre son ordinateur. Ouvre plusieurs journaux, autant de fenêtres qui viennent s'aligner sur l'écran de la machine. Ben Laden se trouvait au Pakistan. Il clique sur un lien retraçant le double jeu des services de renseignements pakistanais avec les islamistes. À mi-article, il se dit qu'il sait déjà tout ça, ferme la fenêtre. Une autre apparaît, barrée d'un titre rouge annonçant le récit de l'opération. Il clique, une fenêtre s'ouvre. Un diaporama lui fait de l'œil, les images de la villa où vivait Ben Laden. Il lance le diaporama. Attend. Attend. Renonce à attendre le chargement des images. Passe à une autre fenêtre, tombe sur un papier sur les Navy Seals. L'ouvre dans une autre fenêtre. Se souvient qu'il avait ouvert le récit de l'opération. Cherche la fenêtre. La trouve. Lit l'article. Jusqu'au bout. Ferme la fenêtre. Une autre apparaît, d'un autre journal, qui lui propose de tout comprendre sur l'après-Ben Laden pour el-Qaëda. Intéressant, se dit-il. Ouvre la fenêtre. Revient sur les Navy seals. Lit quelque lignes. Estime que l'article est bien moins vigoureux qu'un biceps de soldat d'élite. Ferme la fenêtre. Une autre s'ouvre, sur laquelle tourne un diaporama. Il regarde quelques clichés. Se lasse. Ferme la fenêtre. Ouvre un autre journal. En deuxième titre, la Syrie, les arrestations et les villes assiégées. Se dit : « Ah oui, ne pas oublier la Syrie. » Ouvre le lien dans une autre fenêtre. Repasse par une ancienne fenêtre, tombe sur un urgent : une des femmes de Ben Laden a été tuée avec lui. Revient sur la Syrie. Lit les arrestations massives, lit la détermination des contestataires. Veut en savoir plus. Ouvre un site d'infos en continu sur la Syrie. Survol la liste des toutes dernières infos. Rafraîchit le site. Attend. Attend. Attend. Se sent vieillir en attendant le rafraîchissement de la page. Abandonne. Ferme la fenêtre et se dit qu'il y reviendra plus tard. Ouvre son mail. Avale une gorgée de thé. Froid, le thé. Se lève pour le mettre au micro-ondes. Dans la cuisine, voit le ciel gris derrière la vitre. Revient à son ordinateur. Entre sur Google. Tape « météo Beyrouth ». Ouvre une page météo. Attend. Se souvient que son thé est toujours froid. Se relève, va dans la cuisine, trouve la tasse sur le marbre. La met dans le micro-ondes. Revient à son ordinateur. Regarde la météo. Malgré le ciel gris, il ne va pas pleuvoir. Se souvient qu'il a du linge à laver. Va chercher ses vêtements sales. Entend le bip du micro-ondes. Repose les vêtements sales. Va chercher sa tasse. Se réinstalle devant l'ordinateur. Vérifie son mail. Marque d'un drapeau rouge les mails auxquels il faudra répondre. Ouvre les agences de presse. « Nouvelle fuite à Fukushima. » Clique. Commence à lire. Troisième phrase : « La fuite ne présente pas de danger. » Ferme la dépêche. CNN repasse le discours d'Obama. Hausse le son, écoute le discours. Rafraîchit la page de la BBC. Écoute le discours. Vérifie à nouveau son mail. Jette un coup d'œil au site de la BBC. Écoute le discours. Voit une synthèse des premières réactions. Ouvre l'article dans une autre fenêtre. Commence à lire l'article. Lit la réaction des Frères musulmans. Pense à l'Égypte. Pense aux révolutions. Pense à la Syrie. Rouvre le site d'infos en continu sur la Syrie. Pense à la Libye. Se demande si Misrata est tombée. Revient aux agences de presse. Trouve le dernier papier sur la Libye. Lit le titre. Lit « enlisement ». Ferme la dépêche sans la lire. Revient sur le site syrien. Boit une gorgée de thé. De nouveau froid, le thé. Se souvient qu'il n'a pas lancé la machine de linge. Jette un coup d'œil par la fenêtre. Le ciel est gris noir. Rouvre Google. Retape « météo Beyrouth ». Ouvre un autre site météo. Voit la confirmation qu'il ne pleuvra pas. Se lève, ramasse le linge sale, lance la machine.
Se rassoit. Revient sur les agences. Voit un urgent : la femme qui a été tuée n'était pas celle de Ben Laden. Boit une nouvelle gorgée de thé. Froid. Se demande s'il n'a pas oublié de mettre de la lessive avant de lancer la machine.

*Attention Deficit Disorder.
Quand il se réveille, Ben Laden est mort depuis plus de trois heures. Mais il ne le sait pas encore. Derrière la fenêtre de sa chambre, le bruit a mis la pédale douce. Il trouve ça étrange pour un lundi. Puis se dit que le pays rattrape sûrement le coup du sort. La « fête du Travail » un dimanche, tout de même... Il va dans la cuisine. Jette un coup d'œil vers le basilic sur le rebord de la fenêtre. Il pousse. Lentement, mais sûrement. Il remplit une vieille bouteille d'eau à l'extrémité de laquelle il a percé de petits trous, et fait tomber la pluie sur le basilic.Il met l'eau à chauffer, le thé au fond de la théière, l'eau sur le thé.C'est en avalant la première gorgée de son thé bien chaud qu'il apprend, via Internet, que Ben Laden est mort. Moment de surprise. Il allume la télévision. CNN, BBC, France...
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