Une photo fournie hier par la présidence américaine montre le président Obama (2e à gauche), le vice-président Joe Biden (1er à gauche), le secrétaire à la Défense Robert Gates (à droite) et la secrétaire d’État Hillary Clinton suivant le déroulement de l’opération « Geronimo » le 1er mai dans la salle de crise de la Maison-Blanche. Pete Souza/White House/AFP
L'élimination du chef d'el-Qaëda tend des relations déjà difficiles entre les deux alliés. Les États-Unis n'ont pas informé le Pakistan de l'opération contre Ben Laden car ce pays « aurait pu alerter » l'homme le plus recherché de la planète de l'imminence du raid, a déclaré le directeur de la CIA, Leon Panetta, dans un entretien au magazine américain Time. « Nous avons décidé qu'une collaboration avec les Pakistanais risquait de mettre en péril la mission », a affirmé le patron de l'Agence de renseignements, responsable de la longue traque de l'instigateur des attentats du 11-Septembre.
Le Pakistan est soupçonné de double jeu dans la lutte antiterroriste alors même qu'il doit gérer une opinion publique antiaméricaine. Des accusations renforcées par le fait que Ben Laden a finalement été localisé, après des mois de traque, à Abbottabad, une ville de garnison située à 80 km à peine d'Islamabad.
Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a jugé hier que « la position du Pakistan manque de clarté », soulignant avoir « un peu de mal à imaginer que la présence d'une personne comme Ben Laden (...) ait pu passer complètement inaperçue ». « Le fait que Ben Laden ait vécu dans une grande maison dans un quartier résidentiel montre qu'il devait avoir un réseau de soutien au Pakistan », a souligné de son côté le Premier ministre britannique David Cameron. « Nous aurons des questions à poser sur ce sujet », a-t-il ajouté. Une partie des services secrets pakistanais (ISI) a toujours été soupçonnée de soutenir les talibans, alliés d'el-Qaëda. Le président pakistanais Asif Ali Zardari a rejeté ces accusations dans une tribune publiée par le quotidien américain Washington Post, affirmant que l'élimination de Ben Laden était le résultat « d'une décennie de coopération et de partenariat entre les États-Unis et le Pakistan ».
Il a assuré que « notre aide pour identifier un messager de Ben Laden a conduit en fin de compte aux événements de ce jour ». Plus de vingt-quatre heures après la mort de « Geronimo », le nom de code d'Oussama Ben Laden, lors de l'opération des Navy Seals, forces spéciales de la marine américaine, les détails sur l'opération de 40 minutes ainsi que sur la traque conduisant à sa localisation sont distillés au compte-gouttes. Des membres de la famille d'Oussama Ben Laden, présents pendant le raid, sont « en bonnes mains et pris en charge », certains suivant un traitement médical, ont assuré hier les autorités pakistanaises. La résidence dans laquelle se trouvait le chef d'el-Qaëda avait été signalée aux États-Unis par l'agence afghane de renseignements (NDS), a affirmé hier un responsable afghan. Selon lui, des agents afghans, agissant à partir du camp de réfugiés d'Haripur, non loin d'Abbottabad, avaient noté des « mouvements suspects autour de la maison ». Par ailleurs, la Maison-Blanche a révélé hier que Ben Laden n'était pas armé lors du raid, mais qu'il avait toutefois résisté avant d'être abattu.
Les autorités américaines débattaient hier de l'opportunité de diffuser ou non des photos de la dépouille mortelle de Ben Laden, entre volonté de montrer au monde que le chef d'el-Qaëda est bien mort et prise en compte des conséquences possibles d'une telle publication. La nature de ces photos est « atroce » selon le porte-parole de la Maison-Blanche. En Afghanistan, les talibans, qui donnèrent refuge à Oussama Ben Laden quand ils étaient au pouvoir en Afghanistan (1996-2001), ont jugé « prématuré » de commenter son décès, en l'absence de preuves. Après son identification ADN, le corps a été laissé à la mer d'Arabie depuis un porte-avions américain, à l'issue d'une cérémonie respectant la tradition musulmane, selon des responsables américains. La présidence américaine craint que la publication des photos ne déclenche des protestations, voire des violences dans le monde musulman.
Craignant des représailles de cellules d'el-Qaëda, la communauté internationale était sur le qui-vive. Les États-Unis ont lancé un bulletin d'alerte à leurs forces de l'ordre, tandis que l'ambassade et les consulats américains au Pakistan ont été fermés au public « jusqu'à nouvel ordre ». L'Espagne a entrepris de renforcer la sécurité de ses ambassades dans plusieurs pays sensibles, dont le Pakistan et l'Afghanistan.
(Source : agences)

