C'est de Imad Lahoud que pourraient venir les principaux nouveaux développements de ce deuxième procès. Le mathématicien, qui reconnaît être l'auteur des faux listings informatiques, semble aujourd'hui décidé à partager la responsabilité de l'affaire avec ses deux co-inculpés. « Jean-Louis Gergorin diminue son rôle » mais « c'était mon patron, c'était le numéro deux d'EADS ! » a-t-il déclaré à la cour, affirmant avoir falsifié les listings à sa demande puis menti au cours de l'enquête. « Il fallait tout nier pour couvrir Jean-Louis Gergorin et couvrir Dominique de Villepin », a-t-il affirmé. Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ont été jugés responsables de la fraude au premier procès, qui s'était déroulé à l'automne 2009. Ils avaient été condamnés respectivement à 15 et 18 mois de prison ferme.
Dominique de Villepin, 57 ans, a cherché, ces derniers jours, à afficher sa confiance. « Je ne crains rien et on ne craint rien quand on est innocent », avait-il déclaré dimanche. Juste avant de pénétrer dans la salle d'audience, l'ancien Premier ministre a choisi de ne pas évoquer l'affaire, mais a réservé son unique commentaire à la mort d'Oussama Ben Laden. « Je ne pense pas à moi, mais à ces milliers d'hommes et de femmes tombés sous les coups du fanatisme », a-t-il déclaré.
Cette affaire passionnelle, construite sur la féroce rivalité l'opposant au président Nicolas Sarkozy, devrait cependant gagner en sérénité, les deux hommes ayant, depuis le premier procès, renoué des contacts politiques et manifesté la volonté de faire baisser la tension. C'est le parquet qui avait fait appel et déclenché ce deuxième procès. Dans un style lyrique, Dominique de Villepin avait délibérément placé le premier procès sur le terrain politique. « Je suis ici par la volonté d'un homme, je suis ici par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française », avait-il lancé dans une tirade restée célèbre, à l'ouverture de la première audience. Quelques mois auparavant, la presse avait prêté à Nicolas Sarkozy la volonté de pendre « à un croc de boucher » les responsables de cette affaire Clearstream. Les deux hommes se réclament de la même famille gaulliste, qui domine la droite française depuis un demi-siècle. Mais Dominique de Villepin fut jusqu'au bout un fidèle de Jacques Chirac, dont il fut Premier ministre de 2005 à 2007. Nicolas Sarkozy s'en était démarqué et s'est fait élire en 2007 sur le thème de la « rupture » avec les politiques antérieures.
(Source : AFP)

