Les partisans de la thèse du complot rappellent que depuis 2004, le secrétaire d'État américain de l'époque, Collin Powell, avait rencontré Bachar el-Assad pour lui soumettre les conditions internationales pour un retour en grâce de la Syrie et cela avant l'adoption de la résolution 1559, qui avait abouti au retrait des troupes syriennes du Liban. Les conditions seraient encore les mêmes aujourd'hui : rompre les liens de la Syrie avec l'Iran et avec le Hezbollah et le Hamas et revenir aux négociations avec Israël. Ce serait en gros le discours tenu par une délégation saoudienne venue en Syrie vers la mi-mars, c'est-à-dire peu avant le début des émeutes à Deraa. Les mêmes thèmes auraient été repris par le ministre turc des AE qui s'est rendu à Damas récemment et par le ministre émirati des AE qui a rencontré Bachar el-Assad il y a une quinzaine de jours. Le ministre aurait d'ailleurs précisé qu'il ne parle pas au nom de son seul pays, mais de celui de tout le Conseil de coopération du Golfe.
Complot ou pas, le régime syrien campe encore sur ses positions, rappelant que son alliance avec l'Iran est stratégique. Pour rétablir l'ordre, il a choisi de mener à la fois un processus de réformes et une contre-attaque militaire. Ses partisans rappellent que depuis le début des manifestations, des hommes en cagoule ont commencé à dresser les différentes communautés les unes contre les autres à Lattaquié, avant de recourir carrément aux armes en tendant une embuscade à une unité de l'armée à Banias. Le choix de cette ville ne serait d'ailleurs pas innocent, car il s'agit d'une agglomération sunnite en milieu alaouite. Même chose à Deraa, qui avait depuis des années un contentieux avec le régime. De plus, après avoir hésité sur l'identité des opposants, le régime est arrivé à la conclusion suivante : à part les militants de la société civile, qui veulent réellement des réformes et qui les obtiendront puisque le président a déjà levé la loi martiale et qu'il compte remettre bientôt en question la loi sur les partis politiques qui, pour l'instant, laisse le monopole au Baas, la principale force d'opposition est constituée des Frères musulmans, lesquels sont puissants à Deraa, mais aussi à Homs, à Alep et dans plusieurs bourgades environnantes. Les Frères musulmans de Syrie, qui sont liés à ceux de Jordanie et qui ont établi leur quartier général en Turquie, sont apparus très organisés, possédant des moyens financiers importants et maniant avec habileté les nouvelles technologies modernes. Le coup de force contre eux n'est pas facile et le régime est convaincu de mener une guerre totale. Mais il n'est pas non plus dépourvu de moyens. En dépit de ce que le régime qualifie de campagne internationale systématique contre la Syrie, ce pays continue de disposer de plusieurs cartes. Et il n'est pas dit que l'Iran restera sans réagir face aux attaques contre son allié. Tous les scénarios sont désormais possibles et ce n'est sans doute pas un hasard si les Kurdes de Turquie ont soudain recommencé à bouger, à un moment crucial pour ce pays qui se trouve à la veille d'élections législatives. Les approches peuvent donc diverger, les pronostics aussi, mais personne, au Liban et ailleurs, ne croit que la situation en Syrie restera sans conséquence sur ses voisins, en particulier le Liban, l'Irak et la Jordanie.

