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Moyen Orient et Monde - Éclairage

La Turquie, sur le qui-vive, redoute une révolte à sa frontière

Une délégation turque se rend à Damas pour transmettre les « craintes » d'Ankara.
Partenaire privilégiée de la Syrie, la Turquie craint une révolte à sa frontière et redouble d'efforts pour appeler le président Bachar el-Assad à la raison, tout en gardant le silence sur d'éventuelles sanctions contre son voisin.
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'est entretenu mardi au téléphone avec le président syrien pour lui demander d'avancer sur la voie des réformes. « J'ai dit en termes très clairs (...) notre inquiétude, nos craintes, notre inconfort face aux récents événements », a déclaré M. Erdogan, qui a estimé insuffisante la levée de l'état d'urgence dans ce pays. Une délégation turque doit se rendre aujourd'hui à Damas pour transmettre les « craintes » d'Ankara.
La Turquie a aussi rappelé son ambassadeur à Damas, Ömür Önhon, pour des consultations de routine, a-t-on appris de source diplomatique. M. Önhon a rencontré le Premier ministre syrien Adel Safar et devait participer aujourd'hui au Conseil national de sécurité (MGK), avec les autorités militaires et civiles, où la question syrienne devait être abordée.
« La Syrie est une priorité, elle n'est pas un pays arabe quelconque, nous avons des rapports importants et ce qui se passe là-bas nous inquiète beaucoup », a déclaré une source gouvernementale sous le couvert de l'anonymat, se montrant cependant sceptique quant à des sanctions de l'ONU préconisées par plusieurs pays, dont la France. « Les sanctions ne produisent pas toujours l'effet escompté », a noté cette source.
Tunisie, Égypte, Libye, Syrie : la Turquie craint de voir se multiplier des révoltes générant des régimes aux orientations incertaines, alors qu'elle a noué ces dernières années des liens étroits avec les dirigeants arabes. Un départ de Bachar el-Assad remettrait ainsi en question la politique de bon voisinage avec la Syrie, instaurée par Ankara.
Jadis en mauvais termes en raison du soutien de Damas aux rebelles séparatistes kurdes, la Turquie et la Syrie entretiennent depuis plusieurs années des liens diplomatiques et économiques étroits. Elles ont récemment supprimé les visas et le volume commercial bilatéral a triplé en dix ans, atteignant 2,5 milliards de dollars en 2010.
La relation fortement personnalisée du Premier ministre turc et du président syrien, qui ne cessent d'échanger des visites, est pour beaucoup dans cette embellie.
Cette relation risque de tourner à l'aigre, Ankara se montrant embarrassé par la brutalité employée par l'armée syrienne contre les contestataires. La Turquie, qui est dirigée par un gouvernement islamo-conservateur à l'écoute des opinions publiques musulmanes, avait montré le même embarras concernant la Libye, s'opposant dans un premier temps aux frappes aériennes et s'abstenant de demander le départ du colonel Mouammar Kadhafi.
Concernant la Syrie, elle a demandé avec insistance des réformes au président Assad. « Mais il ne nous écoute pas. Il a retardé les réformes, ce qui a causé la situation actuelle. Il doit agir tout de suite », indique une source officielle, inquiète que des milliers de Syriens décident un jour de fuir leur pays, dont la frontière avec la Turquie s'étend sur plus de 800 km. « Si cela se produit, il y aura des problèmes. Il sera difficile de différencier les civils des gens du PKK » (Parti des travailleurs du Kurdistan), en lutte contre les forces d'Ankara, ajoute cette source.
Ankara redoute aussi que les troubles en Syrie, qui abrite une communauté kurde, fassent tache d'huile au sein de la population kurde de Turquie. « Tôt ou tard la démocratie viendra en Syrie et les Kurdes (syriens) en profiteront », estime l'analyste Rusen Cakir dans le journal Vatan, exhortant la Turquie à répondre aux revendications de ses populations kurdes.
© AFP
Partenaire privilégiée de la Syrie, la Turquie craint une révolte à sa frontière et redouble d'efforts pour appeler le président Bachar el-Assad à la raison, tout en gardant le silence sur d'éventuelles sanctions contre son voisin.Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'est entretenu mardi au téléphone avec le président syrien pour lui demander d'avancer sur la voie des réformes. « J'ai dit en termes très clairs (...) notre inquiétude, nos craintes, notre inconfort face aux récents événements », a déclaré M. Erdogan, qui a estimé insuffisante la levée de l'état d'urgence dans ce pays. Une délégation turque doit se rendre aujourd'hui à Damas pour transmettre les « craintes » d'Ankara.La Turquie a aussi rappelé son ambassadeur à Damas, Ömür Önhon, pour des consultations de routine, a-t-on...
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