Jour après jour, on se retrouve dans cette queue, on avance, on avance, et là, on sait que c'est plus la peine, on doit revenir demain, après-demain.
À nouveau on est là, on nous pousse par l'arrière, on doit avancer, pas rêver ! On a mal aux pieds, trop serrés dans ces chaussures à talon pour faire chic, faut bien être présentable. Dieu sait si on va être acceptée, embauchée, et partir vers ce pays dont on vous dit tant de bien.
Papiers en règle, photo de face sur le passeport, on monte dans l'avion. Le grand voyage...
Cheveux bien peignés, on sonne à la porte, une dame dit de rentrer. On est dirigée vers une chambre cellule. Rien à voir avec ce qu'on a laissé là-bas derrière soi : les arbres, le soleil, les voisins et voisines. Là, on est seule.
On doit se lever tôt le matin, faire les lits, passer l'aspirateur, laver, repasser, servir, faire la vaisselle, courir, aller, venir, faire les courses, répondre au téléphone... On n'en peut plus ! Mais c'est pas grave, on doit garder le sourire et le petit tablier bien propre attaché à la ceinture.
On aimerait se reposer un peu, goûter à ces mets qui semblent si délicieux, mais non, on doit se contenter des restes refroidis de pain et de riz.
Le soir, tous les soirs, on tombe raide sur ce lit ; depuis quand on est là ? Jusqu'à quand ? On ne sait pas, l'horloge du salon marque bien les heures, mais les jours sont tous pareils : lundi, mardi, mercredi, jeudi, jusqu'à dimanche. Là on peut quand même aller à la messe, mais on doit revenir dare-dare, ne pas traîner dans les rues, sait-on jamais ? Peut-être serait-on tentée d'entendre quelqu'un vous dire bonjour.
On ne sait plus pourquoi on est là ; on attend les ordres et on s'exécute, c'est tout.
On voudrait fuir mais on ne peut pas, où irait-on sans papiers ? Et cette rue-là, devant la maison de madame, on ne sait plus où elle mène...


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