Cette manifestation violente est survenue quelques heures après une nouvelle mutinerie à Kaya où des soldats et des gendarmes sont descendus pendant plusieurs heures dans les rues où ils ont tiré en l'air. Les tirs ont finalement cessé, faute de munitions. Les mutins ont en outre incendié le domicile du chef du corps du régiment de Commandement d'appui et de soutien (CAS) et saccagé celui du commandant de la 1re région militaire, celle de Kaya, ont affirmé des habitants de la ville interrogés par téléphone depuis Ouagadougou. C'est la première fois que des gendarmes participaient à la mutinerie.
À Pô (Sud) où sont formées les unités d'élite de l'armée et où les soldats s'étaient mutinés samedi et dimanche, une solution semblait en vue, a indiqué une source sécuritaire proche de l'état-major, les soldats commençant à percevoir leurs soldes du mois de mars.
Le calme était également revenu à Tenkodogo (Est), théâtre d'une mutinerie de soldats dimanche, selon des témoins.
Dans la capitale, qui, depuis jeudi soir, avait des allures de ville morte, la vie reprenait son cours normal hier matin, a constaté un journaliste de l'AFP, la plupart des banques et des services publics ayant rouvert leurs portes. Sur le marché central, théâtre samedi de violences provoquées par des commerçants excédés par l'action des militaires qui avaient pillé et saccagé de nombreuses boutiques, les mêmes commerçants étaient présents, mais n'avaient pas ouvert leurs étals. Le gouvernement a, de son côté, ordonné la réouverture des stations-service dont la fermeture avait provoqué des problèmes d'approvisionnement en carburant. Mais le calme semblait précaire, des tirs ont été entendus pendant une heure environ, au camp Kamboinsin, à une quinzaine de km du centre de Ouagadougou.
Au moins 43 personnes ont été blessées par balles depuis jeudi à Ouagadougou et deux à Pô, ont indiqué des sources hospitalières. Des cas de viols ont également été signalés.
Le mouvement de contestation des soldats était parti jeudi soir de la propre garde présidentielle du chef de l'État Blaise Compaoré, puis s'est étendu les jours suivants à d'autres garnisons de la capitale, et aux trois autres villes. Pour tenter de contenir la révolte, M. Compaoré a versé à la garde présidentielle une prime de logement et d'alimentation promise, dissous son gouvernement, nommé de nouveaux responsables des forces armées et instauré un couvre-feu dans la capitale.
Le pouvoir est confronté depuis février à plusieurs mouvements de contestation des jeunes, des magistrats, des commerçants et des soldats. Le 8 avril, des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté pacifiquement dans plusieurs villes du pays contre le régime Compaoré, dénonçant également des conditions de vie de plus en plus difficiles.
(Source : AFP)


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