Un garage de réparation de voitures s’est transformé en un espace dédié aux créateurs.
Parcours et parenthèses
Après avoir couvert l'Irak, la Jordanie, les violences, les réfugiés ; après 2005 et son lot d'attentats locaux, juillet 2006 et l'horreur de cet été sanguinaire ; après ces parenthèses dont on ne revient jamais intacts, et dont elle précise : « On croit qu'on s'habitue, mais, en fait, on ne s'habitue pas du tout. On est juste plongé dans une anesthésie cérébrale. » Dalia se concentre sur un projet de photographies de maisons bombardées et abandonnées au Sud, vidées de leur âme et de leurs habitants. « C'était un travail personnel, comme une réconciliation avec la guerre, à travers lequel j'ai voulu montrer comment un espace privé devenait public, ouvert au regard de tous. »
Étonnant, alors, de découvrir ce nouveau travail. Changement d'univers, Khamissy choisit de s'inspirer du roman de Alawiya Solh, Dounya, dans lequel les deux narratrices, Dounya et Ferial, racontent leur passions, leur peines, leurs déceptions d'être surtout traitées, par leur partenaire, comme des objets sexuels. « Je me suis installée dans l'esprit de l'homme, qui est un peu la chambre où j'ai réalisé les photos, confie l'artiste. J'ai illustré, presque mot à mot, ces quelques phrases extraites du texte : "Comme si nous les femmes, n'étions que des photographies distribuées dans des cadres fixes, dessinées avec précision dans sa tête. Des photos de l'utérus et de reproduction, du sexe et du corps, et d'autres de l'âme et de l'esprit, arrachant, dans toutes ces photos, la chair de chaque femme de ses organes internes, comme on arracherait l'âme du corps. Comme si la femme, dans son imagination, était divisée en des images de femmes recouvrant les murs et qu'on ne peut assembler en une seule". Les photos ainsi accrochées de part et d'autre de l'espace forment un ensemble très harmonieux. Une épaule, une courbe de hanche, un nombril, un dos, même ambiance, même éclairage jaunâtre, même silence, comme autant de géographies féminines qui se complètent sans se ressembler. » La différence, poursuit le texte, c'est qu'il n'a vu en aucune d'elles autre chose qu'une cuisse, une jambe ou un organe sexuel dans lequel se noyer, tandis qu'il se connectait avec tout mon corps et mon âme... « Le travail de Dalia, exposé au Moyen-Orient et en Europe, aux États-Unis et en Afrique du Nord, a été publié dans de nombreux journaux et magazines internationaux, dont le Times UK, Eyemagazine, International Monocle, Financial Times, le Monde ou encore le Nouvel Observateur. Ses photos font partie de la collection permanente de l'Institut du monde arabe.
L'exposition « Fragmented » se tient jusqu'au mois de juin. L'occasion de découvrir un des multiples visages de la jeune photographe.
*Fanfreluche l'Atelier, rue Madrid, Mar Mikhaël, Beyrouth


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