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Nos lecteurs ont la parole

« Mémoration » ajournée

Par Théodore CAPONIS
Le match de volley-ball prévu pour commémorer le 13 avril 1975 n'a finalement pas eu lieu hier soir. Le comité organisateur a décidé de reporter la tenue du jeu de balle à une date ultérieure, bien que « tout soit prêt au niveau logistique pour le bon déroulement de la compétition ». Parmi les causes indiquées, « la situation du pays et les circonstances au niveau interne » ainsi que « les souffrances de la communauté libanaise en Côte d'Ivoire ». Bien que le report en lui-
même soit souhaitable (l'annulation l'étant encore plus, voir « Balle(s) perdue(s)», L'Orient-Le Jour du 8 avril 2011, page 5), les causes avancées sont quelque peu équivoques et ouvrent la voie à quelques questionnements.
1. En quoi la situation du mois passé était-elle meilleure pour décider de la tenue même de la compétition ? Plus encore, en quoi la situation de l'année passée était-elle propice à la tenue d'un match de football ? Les dirigeants/joueurs avaient bien adopté alors le slogan « Nous formons une même équipe » et commémoré, à leur manière, le conflit libanais.
2. Le report du match, à cause de la souffrance des Libanais expatriés en Côte d'Ivoire, ne souligne-t-il pas en lui-même l'aspect divertissant et amusant de l'événement plutôt que son aspect mémoriel ? Car c'est apparemment par crainte de paraître impertinents face à la tragédie des émigrants que les responsables politiques ont décidé d'ajourner la tenue du match.
Si la situation interne depuis la fin officielle du conflit libanais est telle que nous la vivons actuellement, c'est bien, en partie, à cause de la négligence officielle au niveau des processus de construction mémorielle et de réconciliation. Il aurait fallu une crise naissante en Côte d'Ivoire et la souffrance de la communauté libanaise installée à Abidjan, afin d'ajourner le match. Les souffrances de plus de cent mille victimes, de plus de quinze mille disparus, de leurs proches et de toute une population ne suffisaient pas à souligner le caractère inadéquat de ce genre de commémoration ; leur drame relevant du passé, les Libanais sont supposés avoir déjà oublié.
Officiellement, le match n'a donc pas été annulé, mais ajourné. Alors, l'on tient bien à jouer au ballon, au lieu d'œuvrer à la mise en place des mécanismes qui permettront de bâtir les bases d'une paix durable (tels que les Commissions de Vérité et Réconciliation mises en place après les conflits en Afrique du Sud ou au Pérou par exemple) et qui viendraient soutenir la sortie de cette crise qui lacère les fondements mêmes de notre société. Les violences commises et les offenses perpétrées durant les guerres de 1975-1990 (ainsi que leurs conséquences au cours de la période d'après-guerre) ne pourront jamais être dépassées tant qu'elles seront tues et retransmises de génération en génération.
Les tentatives d'unification des manuels d'histoire et d'éduction civique ont échoué et les guerres civiles de 1975-1990 ne sont toujours pas au programme dans l'enseignement scolaire. Mais le spectre de la guerre, lui, est toujours présent à la maison, au cours des conversations de salon et de bistrot, dans les médias et dans les esprits ; et les mémoires, elles, deviennent de plus en plus morcelées. Actuellement, le travail de mémoire est plus qu'un simple besoin : c'est une priorité. Ou bien alors préfère-t-on - après avoir dépassé la mauvaise gestion de la crise abidjanaise - organiser un match de volley-ball amical entre le Liban et la Côte d'Ivoire afin d'apaiser toutes les souffrances et, encore une fois, faire semblant d'oublier.
Et que le meilleur gagne.

Théodore CAPONIS
Chercheur en sciences politiques
Le match de volley-ball prévu pour commémorer le 13 avril 1975 n'a finalement pas eu lieu hier soir. Le comité organisateur a décidé de reporter la tenue du jeu de balle à une date ultérieure, bien que « tout soit prêt au niveau logistique pour le bon déroulement de la compétition ». Parmi les causes indiquées, « la situation du pays et les circonstances au niveau interne » ainsi que « les souffrances de la communauté libanaise en Côte d'Ivoire ». Bien que le report en lui-même soit souhaitable (l'annulation l'étant encore plus, voir « Balle(s) perdue(s)», L'Orient-Le Jour du 8 avril 2011, page 5), les causes avancées sont quelque peu équivoques et ouvrent la voie à quelques questionnements.1. En quoi la situation du mois passé était-elle meilleure pour décider de la tenue même de la compétition ?...
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