Ambassade de Syrie, hier, à Beyrouth : devant une foule de partisans du président Bachar el-Assad, trois personnes appellent à des réformes en Syrie et soutiennent la bataille des contestataires. Anwar Amro/AFP
À Aïn Arab, à 160 km au nord-est d'Alep, 600 Kurdes ont également manifesté hier pour demander la libération des prisonniers politiques et la création de partis libres, a annoncé Radif Moustapha, président du Comité kurde pour les droits de l'homme (Rased), précisant que les forces de l'ordre n'étaient pas intervenues. Sur Facebook, la page « Syrian News Network » (SNN) a indiqué que des milliers de personnes ont aussi manifesté à el-Keswa (près de Damas), à Nawa, al-Harak, Jassem et Deraa « par solidarité avec Banias ».
La Syrie est en proie depuis le 15 mars à un mouvement de contestation du régime à l'image d'autres pays arabes. La répression des manifestations a fait entre vendredi et dimanche une trentaine de morts, surtout à Deraa (100 km au sud de Damas) et Banias (280 km au nord-ouest de Damas).
Lundi, le principal comité syrien de défense des droits de l'homme du pays, baptisé la Déclaration de Damas, a adressé une lettre au secrétaire général de la Ligue arabe, qui ressemble à un appel au secours. « Le soulèvement en Syrie pleure 200 martyrs, des centaines de blessés et un nombre équivalent d'arrestations », écrit-il. « Nous vous demandons (...) d'imposer des sanctions politiques, diplomatiques et économiques au régime syrien », ajoute-t-il.
De leur côté, les autorités syriennes continuent de dénoncer « des groupes armés » et des « éléments extérieurs infiltrés », coupables, selon elles, de semer la violence en Syrie et de tuer des policiers ainsi que des soldats de l'armée régulière. Hier, l'agence de presse officielle SANA a rapporté la mort de six membres des services de sécurité et fait état de 168 blessés à Deraa, Homs et Lattaquié.
Parallèlement, l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch accuse le régime de Damas d'empêcher les manifestants blessés de se rendre dans les hôpitaux et les équipes de secours de prodiguer des soins à Deraa et Harasta près de Damas. « Les autorités syriennes répondent à ceux qui manifestent contre la répression par plus de répression : assassinats, vagues d'arrestations, violences physiques et tortures », a déclaré Sarah Leah Whitson, une responsable de l'ONG. « Les dirigeants accusent les protestataires d'inciter à des divisions au sein de la société syrienne, mais c'est la violence qui est employée par les forces de sécurité qui fait le plus de mal à la Syrie », poursuit-elle.
Des organisations syriennes de défense des droits de l'homme ont fait état hier de nouvelles « arrestations arbitraires » de militants politiques, d'intellectuels et de simples citoyens, fournissant une liste de 24 personnes interpellées ces derniers jours dans les régions de Raqqa (Nord-Est), Deraa et Damas. Le chef d'un parti communiste interdit, Ghiath Ouyoune al-Soud, a été arrêté près de Damas, selon l'avocat Khalil Maatouk. L'écrivain Fayez Sara aurait également été arrêté, selon les chaînes al-Jazira et al-Arabiya. SNN a par ailleurs affirmé que plus de 75 étudiants, accusés d'avoir participé à la manifestation de lundi, ont été expulsés hier de l'Université de Damas.
Sur le plan international, les États-Unis ont condamné la répression « révoltante » des manifestations et réitéré leur appel au président Bachar el-Assad pour qu'il respecte « les droits universels des Syriens ». La haut commissaire de l'ONU aux Droits de l'homme, Navi Pillay, a condamné l'utilisation de « balles réelles » par les forces de l'ordre. Londres, de son côté, a conseillé aux citoyens britanniques d'éviter tout voyage « non essentiel » vers la Syrie, et la France a demandé à ses ressortissants d'éviter « certaines zones périphériques de Damas ».
(Source : agences)


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