« Now or Never », une rue de la ville.
individuel.
«Listen to the pouring rain, listen to it, pour and with every drop of rain you know I love you more», chantait José Féliciano. Et c'est probablement parce qu'elle aime cette ville que Karen Kalou, de retour de Montréal après un cursus d'études et trois années de cours intensifs de photo, a voulu reproduire d'autres images de sa ville natale. «C'est ma première expo solo, dit-elle, et l'idée est née d'un premier cliché réalisé sur la côte de New Jersey, près de la ville de New York. C'est en 2009 que j'ai commencé à fixer sur pellicule des scènes de la vie de Beyrouth et à développer ce qui allait devenir, non seulement de jolis clichés, mais un ensemble homogène de compositions harmonieuses.»
Toujours sous la pluie, en pleine journée, bien calée au volant de sa voiture, Kalou capte les paysages urbains, les redessine à sa manière en faisant ressurgir les couleurs «et surtout l'énergie de la ville», précise-t-elle. Sans aucune manipulation technique, mais tout en repensant la composition dans son esprit, la photographe capte la lumière et la fixe.
Recadrer Beyrouth
La pluie devient pour Karen Kalou, tout comme ce l'était chez les peintres impressionnistes et notamment chez Van Gogh, un élément narrateur qui crée des émotions nouvelles. Ainsi, à l'instar de ce mémorable Pont sous la pluie, les quartiers de Beyrouth vibrent sous l'intensité des gouttelettes d'eau. Fortes, drues ou épaisses, contrôlées par l'objectif de la photographe et parfois par des essuie-glaces qui jouent le rôle de brosses, les gouttes de pluie font côtoyer rêve et réalité, et la clarté la plus sublime peut alors pointer de la grisaille la plus dense. Il se crée, dans ces paysages pourtant si familiers et de ce tumulte quotidien, une harmonie nouvelle, une énergie dynamisante.
«Avant de photographier, j'essaye d'observer, les yeux mi-clos, ce qui m'entoure afin de réadapter à ma manière le champ visuel.» Karen Kalou devient peintre de la photo en effectuant de violents coups de brosse sur la surface choisie. Par instants, c'est une image délayée ou en lavis qui apparaît. Des quartiers les plus populaires, comme Basta, aux plus résidentiels, comme le centre-ville, de Hamra à Achrafieh, en passant par La Quarantaine, la photographe promène son regard et crée sa propre relation avec la ville. Les couleurs reproduites en taches pures, baignant à la fois dans un nuage vaporeux et sous une lumière naturelle, laissent voir, au-delà d'une simple galerie de photos, l'illustration vivante d'une meilleure connaissance de l'intérieur d'une ville comme lavée et purifiée.

