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Liban - L’Éclairage

Une gesticulation contestataire qui gomme l’ombrelle sécuritaire

Topo classique : un paquet de matrones hurlantes, lanceuses de pierres et d'insultes, brandissant des portraits d'enfants ou de maris disparus ou emprisonnés, que des minibus ramassent pour les déverser çà ou là, selon le sujet de l'heure ou la cible choisie. Ces jours-ci, c'est devant le Palais de justice autant que devant le pénitencier dramatiquement perturbé de Roumieh que l'on a pu assister à un tel cirque. Pour un observateur averti, le message est clair : cette agitation orchestrée est une sorte de répétition générale, démonstrative, de ce qui pourrait advenir par la suite, après l'acte d'accusation. Et la confirmation que l'ombrelle de sécurité et de stabilité, défendue par les autorités, n'est plus qu'illusion.
Les agressions subies par les forces de l'ordre à l'extérieur de la prison ont cependant produit des réactions dont leurs commanditaires devraient tenir compte. En effet, les familles des agents de l'ordre ont elles-mêmes bougé, pour menacer les femmes à cailloux de les lapider elles-mêmes. En leur rappelant que leurs proches n'ont absolument rien à voir avec le problème du pénitencier de Roumieh. Et qu'il ne leur appartient, évidemment pas, de décréter la libération de détenus convaincus de trafic de drogue, de vol de voitures, de chèques falsifiés ou d'autres crimes et délits de droit commun.
Un politicien observe : « Comme les responsables en conviennent tous, nombre de plaintes présentées par les détenus sont parfaitement légitimes. Il y a du reste un problème de fond, la surpopulation carcérale excessive, que les autorités promettent de traiter et pour lequel des plans sont déjà établis. De plus, il est certain qu'il n'est plus admissible que des prisonniers restent souvent des années sans être jugés. Mais il est tout à fait étrange et suspect que pour soutenir ces revendications, ou plutôt pour exiger une amnistie générale que rien ne justifie, des routes, des axes importants, se trouvent coupés. Pour exiger la libération des trafiquants de drogue, qui font leurs choux blancs grâce à la perdition, parfois à la mort, d'adolescents accros, comble de pourrissement abject. »
Le mouvement de révolte de quelque 20 à 25 % des détenus de Roumieh a accompagné, c'est le mot, les tractations concernant la formation du prochain cabinet. Selon les observateurs, des progrès sont enregistrés sur ce plan. Il aurait été en effet convenu que le dialogue et le débat se fondent sur les principes et les critères établis par le président du Conseil désigné, Nagib Mikati. Et non sur le jeu des conditions sine qua non et du partage des quotas. Cependant, malgré une certaine détente, les négociations ne sont pas encore assez avancées pour que l'on puisse fixer un délai pour la proclamation du cabinet.

Maturation
Le point d'équilibre, indiquent des spécialistes qui suivent, ou même participent, au processus de formation, n'est pas encore atteint. Mais, répètent-ils, l'on est désormais sur la bonne voie, et la vitesse de conclusion ne dépend plus que de la bonne volonté des protagonistes. La modération semble prendre le pas. Et, à ce propos, un ministre de la majorité souligne l'importance des propos du président Nabih Berry, qui assure que le 8 Mars disparaît, en tant que camp de confrontation sans doute, maintenant que le repositionnement de Walid Joumblatt permet de coaguler une toute nouvelle forme de majorité, marquée par l'émergence d'un fort courant centriste, composé des fidèles du président Michel Sleiman, du président Nagib Mikati, comme du leader de la Montagne, avec le soutien du président Berry lui-même. Et l'on sait qu'il s'est rarement entendu avec le général Michel Aoun, fer de lance d'un 8 Mars qui rêve d'un pouvoir monochrome.
Walid Joumblatt de son côté plaide pour l'apaisement, la concorde au sein de la majorité nouvelle et veut faciliter la formation du gouvernement. Ses réflexions, avouent des professionnels impressionnés, vont sans doute avoir des effets positifs en amenant les joueurs de la majorité à réaliser que le manque de confiance qu'ils éprouvent les uns envers les autres, leur déficit de cohésion de groupe, va finalement les affaiblir tous face à la nouvelle opposition.
Les appels de Berry et de Joumblatt pour calmer le jeu des marchandages, et mieux unifier la majorité, donnent un accord de base sur une formule de 30, panachée de technocrates et d'indépendants. On n'en est pas encore, redisons-le, à la sélection des noms, à l'établissement des quotas ou à la répartition des portefeuilles. Mais les parties intéressées présentent leurs listes au président Mikati, pour qu'il fasse des choix équilibrés sinon équitables. Il a donc marqué là un point important à ses yeux : c'est, finalement, bien lui seul qui composera, en accord avec le chef de l'État, le cabinet, comme le veut la Constitution, sans rien voir s'imposer par personne. Ni accepter que tel leader désigne de son propre chef ses représentants et les portefeuilles devant leur revenir. Au stade actuel, tout peut encore varier, et il n'y a encore aucun nom définitivement acquis, ni d'inamovible.
Il reste que l'on parle de 12 ministres au centre Sleiman-Mikati-Joumblatt, plus un ministre-roi, maronite, consensuel, choisi par tous. Le général Aoun souhaite disposer de ce dernier élément, pour le rajouter à son quota, afin de le relever de 10 à 11. Le 8 Mars aurait dès lors 19 ministres : 11 à Aoun, 6 aux chiites, un PSNS et un à Talal Arslane, la Défense. Mais Mikati refuse qu'un parti dispose du tiers de blocage ou fasse pencher la balance, soit 11 ministres. Tout comme il refuse que le 8 Mars dispose des deux tiers des sièges. On pourrait s'acheminer enfin au sujet de l'Intérieur, vers l'octroi du portefeuille à Sleiman Frangié, pour éluder la rivalité Baroud-Bassil. Mais le leader de Zghorta en rejette toujours l'idée.

Topo classique : un paquet de matrones hurlantes, lanceuses de pierres et d'insultes, brandissant des portraits d'enfants ou de maris disparus ou emprisonnés, que des minibus ramassent pour les déverser çà ou là, selon le sujet de l'heure ou la cible choisie. Ces jours-ci, c'est devant le Palais de justice autant que devant le pénitencier dramatiquement perturbé de Roumieh que l'on a pu assister à un tel cirque. Pour un observateur averti, le message est clair : cette agitation orchestrée est une sorte de répétition générale, démonstrative, de ce qui pourrait advenir par la suite, après l'acte d'accusation. Et la confirmation que l'ombrelle de sécurité et de stabilité, défendue par les autorités, n'est plus qu'illusion.Les agressions subies par les forces de l'ordre à l'extérieur de la prison ont cependant produit...
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