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Moyen Orient et Monde - Le Billet

Le rêve du dictateur

De quoi rêvent les dictateurs du Proche-Orient après une journée passée à annoncer des réformes cosmétiques, à réprimer les appels à la liberté, à transférer leurs avoirs vers des atolls assez chauds pour être immunisés contre le gel, à plaider l'ouverture dans le contrôle et le contrôle dans l'ouverture, à embastiller les forts en gueule et rasséréner les lèche-culs... Après de telles journées, quand ils retrouvent leur couche pour quelques heures d'un sommeil agité, de quoi rêvent les dictateurs du Proche-Orient ?
Eh bien, ils rêvent du Kazakhstan. Un rêve en technicolor, mais pas sur le mode National Geographic pour autant. Les dictateurs ne rêvent pas des grandes steppes kazakhes foulées par les sabots nerveux de montures chevauchées par des cavaliers virils et néanmoins moustachus, qui s'arrachent les uns aux autres une carcasse de chèvre décapitée répandant, à chaque passage de main, des effluves tannées portées par un vent sec vers la truffe humide d'un renard ayant une faim de loup.
Non, quand ils s'endorment enfin, c'est un visage rond, légèrement doré, piqué de deux billes noires, barré d'une bouche ayant le sourire rare, surmonté d'un cheveu court et gris se répartissant docilement de chaque côté d'une raie à droite ; c'est ce visage qui se dessine sur l'envers des paupières jamais tout à fait closes de ces dictateurs, certes fourbus mais toujours vigilants. Le visage de Noursoultan Nazarbaïev, un homme qui, en cette glorieuse et révolutionnaire année 2011, s'offre une réélection présidentielle à 95,5 %. Et, ultime provocation, sans que personne ne moufte. Enfin, pas trop.
Noursoultan Nazarbaïev, du haut de ses 70 ans, tient les rênes du Kazakhstan depuis 1991. Noursoultan, c'est l'autodidacte passé autocrate, l'ascension d'un ouvrier métallurgiste vers la magistrature suprême en mode long et solo. Mais contrairement à un Ceaucescu, qui d'apprenti cordonnier devint lui aussi chef suprême avant de se faire fusiller par un matin un peu plus frais que les autres, Noursoultan, en tant que secrétaire général du Parti communiste local, sut gérer l'implosion de l'empire soviétique et passer du modèle socialiste à un capitalisme relativement effréné et fondamentalement familial.
Noursoultan est l'homme des grands projets, de l'inversion du cours des fleuves sibériens pour éradiquer la sécheresse, au déplacement de la capitale d'Almaty à Astana, syncrétisme de Dubaï et Disneyland. Et Las Vegas. Et Guizeh.
Noursoultan est un autocrate pas complètement détesté par ses administrés. Un sentiment local auquel une décennie de croissance flirtant avec les 10 % n'est pas totalement étrangère.
Plus important encore, Noursoultan est un autocrate globalement toléré par la communauté internationale. Une tolérance internationale à laquelle la présence massive d'hydrocarbures et de minerais dans le sous-sol kazakh n'est pas totalement étrangère.
Noursoultan est donc assis sur un trésor, ce qui lui permet de s'asseoir aussi sur les droits de l'homme. Ainsi, au Kazakhstan, comme dans tout bon pays bien autoritaire, les opposants ont le droit de se taire, de partir en exil ou de disparaître. Et dans les prisons kazakhes, les détenus présentent un goût aussi prononcé que mystérieux pour l'automutilation.
Pour ses bons offices, Noursoultan a été intronisé par le Parlement composé d'un unique parti, le sien, « Chef de la nation » et, dans la foulée, doté de pouvoirs et d'une immunité à vie. Mais comme la vie, c'est tout de même un peu court pour Noursoultan, le leader kazakh a lancé un vaste programme scientifique visant à percer les secrets de l'immortalité.
Noursoultan est donc, sans l'ombre d'un doute, l'incarnation vivante de la dictature en mode développement durable. Rêve de dictateur s'il en est.
De quoi rêvent les dictateurs du Proche-Orient après une journée passée à annoncer des réformes cosmétiques, à réprimer les appels à la liberté, à transférer leurs avoirs vers des atolls assez chauds pour être immunisés contre le gel, à plaider l'ouverture dans le contrôle et le contrôle dans l'ouverture, à embastiller les forts en gueule et rasséréner les lèche-culs... Après de telles journées, quand ils retrouvent leur couche pour quelques heures d'un sommeil agité, de quoi rêvent les dictateurs du Proche-Orient ?Eh bien, ils rêvent du Kazakhstan. Un rêve en technicolor, mais pas sur le mode National Geographic pour autant. Les dictateurs ne rêvent pas des grandes steppes kazakhes foulées par les sabots nerveux de montures chevauchées par des cavaliers virils et néanmoins moustachus, qui s'arrachent les...
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