Des membres de la fanfare militaire syrienne défilant pour célébrer le 64e anniversaire de la fondation du parti Baas, alors que des manifestations de l’opposition ont eu lieu dans « la plupart des villes du plateau du Hauran ». Photo AFP
« Il s'agit d'une mesure positive », a réagi Radif Moustapha, président du comité kurde pour les droits de l'homme. « Mais les Kurdes continueront à revendiquer leurs droits civiques, politiques culturels et sociaux », a-t-il affirmé. « Nous souhaitons l'enseignement du kurde à l'école au même titre que le français et l'anglais, pouvoir célébrer nos fêtes sans être harcelés par les services de sécurité et posséder des centres culturels pour faire connaître notre histoire et transmettre notre patrimoine », a expliqué de son côté Fouad Alliko, membre du comité politique du parti Yakiti. Tout ceci est jusqu'à présent interdit à cette population en très grande majorité agricole, vivant dans le nord-est de la Syrie, aux confins de la Turquie et de l'Iran.
Il existe aujourd'hui 12 partis kurdes (interdits) tous laïcs. Yakiti, le Parti démocratique kurde en Syrie, le parti Yazidi kurde, et l'Union démocratique (proche du Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK) sont parmi les plus influents. Dans un pays qui se présente comme le cœur de l'arabisme, ces partis se défendent de toute visée sécessionniste, mais veulent pouvoir s'exprimer en kumandji, l'une des deux langues kurdes.
Dans le même temps, « les juristes ont achevé de rédiger une nouvelle loi sur la sécurité remplaçant la loi d'urgence, et ont transmis hier leur texte au commandement régional du Baas », a affirmé un responsable proche du régime qui ne veut pas être identifié. « Selon moi, le chef de l'État en prendra connaissance ce week-end et lancera ensuite une consultation auprès de différents représentants de la société civile », a-t-il ajouté. La nouvelle loi devrait être adoptée début mai par le Parlement. L'abolition de cette loi adoptée en 1962 et qui réduit sensiblement les libertés publiques, est une des principales revendications des manifestants.
Signe du changement depuis le début de la contestation mi-mars, les médias officiels, qui se distinguaient par leur langue de bois, ont changé de ton. Le quotidien al-Baas a ainsi publié une tribune sur la loi d'urgence de Haytham Maleh, farouche défenseur des droits de l'homme et opposant de longue date, libéré de prison il y a juste un mois. Autre nouveauté, la télévision syrienne donne depuis plusieurs jours la parole à des citoyens de différentes régions qui expriment leurs revendications, en majorité à caractère social. Certains affichent même leur désir de voir l'abolition de la loi d'urgence et même de l'article 8 de la Constitution sur le rôle central du parti Baas dans la société et l'État.
Le président Assad a de plus limogé Mohammad Iyad Ghazal, le gouverneur de Homs, à 160 km au nord de Damas, où des violences avaient eu lieu le 1er avril lors de manifestations, a annoncé l'agence officielle SANA. Il s'agit du deuxième gouverneur démis en moins d'un mois par le chef de l'État, après celui de Deraa (Sud), ville devenue l'épicentre de la contestation contre le régime.
Les mesures répressives n'ont pas cessé pour autant. Deux opposants, Raghida Hassan et Ammar Cheikh Haïdar, ont été condamnés à deux ans de prison par un tribunal militaire de Homs, et trois autres jugés par contumace ont écopé de trois ans, pour avoir « propagé des informations mensongères susceptibles de nuire au moral de la nation », a affirmé Me Khalil Mattouk, président du Centre syrien de défense des prisonniers d'opinion.
De leur côté, les opposants ont invité à des rassemblements hier devant les sièges du Baas pour le 64e anniversaire de la fondation du parti. Sur Facebook, la page Syrian News Network (SNN) a affirmé que des manifestations ont eu lieu hier dans « la plupart des villes du plateau du Hauran », dont Enkhel, Jasem, Nawa, al-Hara et al-Jizeh. Plus de 2 000 personnes ont par ailleurs défilé à Daraya, près de Damas. « La mort plutôt que l'humiliation », « Dieu, la Syrie, la liberté et c'est tout », ont scandé les manifestants, toujours selon SNN. Des militants ont également assuré que toutes les lignes téléphoniques ont été coupées hier soir à Deraa.
Des appels ont également été lancé sur Facebook pour un « vendredi de la résistance pour manifester en dépit de nos blessures » et « des sit-in pacifiques jusqu'à la liberté ».
(Source : agences
et rédaction)


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