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Liban - Éclairage

Entre Mikati et Aoun, deux logiques opposées s’affrontent

Qu'est-ce qui entrave donc la formation du gouvernement ? Même les observateurs les plus rodés aux subtilités libanaises ont du mal à comprendre où se situe réellement le cœur du problème, tant le paysage politique au sein de la nouvelle majorité semble surréaliste. Une enquête minutieuse auprès des différentes composantes de cette majorité montre qu'en réalité deux logiques s'opposent, celle du Premier ministre désigné et celle de certains piliers comme le général Michel Aoun.
Selon ses proches, Nagib Mikati considère que la nouvelle majorité doit avoir en tête qu'elle ne gagne pas contre les sunnites, mais avec eux. Par conséquent, elle doit l'aider à renforcer son assise populaire au sein de sa propre communauté. Les proches de Mikati rapportent ainsi que le Premier ministre désigné estime que le temps joue en sa faveur. Considérant qu'il a un rival féroce et puissant en la personne du Premier ministre chargé des affaires courantes Saad Hariri, Mikati a concentré ses efforts sur cet aspect du problème. Il a ainsi, toujours selon ses proches, réussi à déjouer le plan de Hariri qui visait à frapper des coups successifs forts pour le pousser à renoncer à former le gouvernement. Hariri a joué toutes ses cartes en un très court laps de temps : il a commencé par lancer la « journée de la colère » qui a d'ailleurs failli se retourner contre lui. Il a organisé le rassemblement du 14 février puis la manifestation du 13 mars avant de se rendre à Tripoli pour y tenir un grand meeting populaire, sans oublier la mobilisation de Dar el-Fatwa. Face à ces coups de force, Mikati a tenu bon, refusant de se laisser entraîner dans une polémique et laissant son rival s'essouffler peu à peu. Aujourd'hui, il regagne du terrain, ayant même obtenu l'appui du conseil chérié de Dar el-Fatwa ainsi que l'appui du patriarche Raï. Même le ton des chancelleries occidentales à l'égard du gouvernement qu'il compte former a changé. Mikati est donc convaincu que les deux derniers mois ont amélioré sa position, et à ceux qui lui reprochent de ne penser qu'à sa place au sein de la communauté sunnite, il répond qu'il est plus utile s'il est populaire au sein de sa communauté que s'il y est isolé. Le Premier ministre désigné considère aussi avoir réussi à désamorcer deux bombes qui étaient prêtes à exploser après sa désignation : la première est celle de la discorde entre sunnites et chiites, et la seconde est celle de la lutte intersunnite, qu'il cherche à absorber en avançant lentement mais sûrement ses pions. À l'impatience des uns et aux déclarations violentes des autres, il oppose un calme olympien, soucieux de ne pas faire de faux pas. Et à tous ceux qui cherchent à sonder ses intentions, il répond invariablement qu'il n'a pas l'intention de renoncer à former le gouvernement.
Dans l'optique de Mikati, qui vise à apaiser la scène sunnite, il ne doit absolument pas avoir l'air de brader les droits de la communauté ou d'être le pion du Hezbollah ou celui du général Michel Aoun. C'est donc une des raisons pour lesquelles il tient à renforcer la part du président Michel Sleiman au gouvernement et à se doter avec lui et les ministres de Joumblatt du tiers de blocage. Selon ses proches, Mikati estime qu'en refusant de donner une part ministérielle au président de la République, le général Michel Aoun se trompe d'adversaire. Celui-ci devrait (toujours selon ses proches) accepter une dualité chrétienne à l'image de la dualité chiite et tout en ayant la part chrétienne la plus importante, il devrait accepter que le chef de l'État ait aussi ses ministres.
Dans le camp du général Aoun, on ne partage pas du tout ce point de vue. Le chef du bloc du Changement et de la Réforme pense au contraire que ce gouvernement est l'occasion ou jamais pour lui de montrer de quoi il est capable et de faire la différence pour les Libanais. Cette occasion pourrait d'ailleurs ne pas se reproduire et il faut donc la saisir à tout prix. Selon des sources du CPL, le général Michel Aoun pense aussi que ce gouvernement devrait rester en place jusqu'aux élections législatives de 2013. Par conséquent, il ne peut pas accepter que ce gouvernement formé essentiellement de la nouvelle majorité travaille contre lui lors de ces élections. Or le président de la République ne cache pas son intention de vouloir former une force politique « dite du centre », en rognant sur la base populaire du général Aoun. D'où, par exemple, son insistance à avoir au ministère de l'Intérieur une personnalité qui ne travaillerait pas contre lui, directement ou non. Quant à lui conseiller d'accepter une dualité chrétienne selon le modèle chiite, les proches de Aoun rappellent que le président de la Chambre Nabih Berry et le secrétaire général du Hezbollah sont en accord sur les grandes options politiques et travaillent de concert, se partageant en quelque sorte les rôles. Ce qui n'est pas le cas du CPL et du président de la République. Dans ce contexte, le général Aoun ferait preuve, selon ses proches, d'une grande naïveté s'il acceptait un partage des parts au sein du gouvernement avec un camp qui se pose en rival aux prochaines élections.
Face à ces deux logiques, qui a chacune sa vérité, le Hezbollah se retrouve dans une position difficile : comment parvenir à rapprocher ces deux points de vue pour que le gouvernement puisse voir le jour ? Au cours de leur dernière entrevue, il y a moins d'une semaine, Hassan Nasrallah avait d'ailleurs suggéré au Premier ministre désigné de préparer une formule selon le partage suivant : 18 ministres pour la majorité, 10 pour lui, Sleiman et Joumblatt et les deux ministres restants seraient un membre de l'opposition sunnite et le ministre de l'Intérieur qui serait une personnalité ayant l'aval de Sleiman, Aoun et Mikati. Nasrallah aurait même proposé à Mikati de choisir lui-même les noms puis de revenir le voir s'il y a un problème, assurant qu'il se chargerait de le régler. Mais Mikati n'aurait pas donné de réponse et les tractations seraient au point mort.
En dépit de ce qu'a déclaré récemment le général Aoun, la majorité est convaincue qu'elle a intérêt à ce que Nagib Mikati forme le prochain gouvernement et ce dernier est aussi convaincu qu'il a intérêt à ne pas se récuser. Mais cela ne l'empêche pas de prendre son temps, un œil sur la scène sunnite, l'autre sur les développements régionaux.
Qu'est-ce qui entrave donc la formation du gouvernement ? Même les observateurs les plus rodés aux subtilités libanaises ont du mal à comprendre où se situe réellement le cœur du problème, tant le paysage politique au sein de la nouvelle majorité semble surréaliste. Une enquête minutieuse auprès des différentes composantes de cette majorité montre qu'en réalité deux logiques s'opposent, celle du Premier ministre désigné et celle de certains piliers comme le général Michel Aoun.Selon ses proches, Nagib Mikati considère que la nouvelle majorité doit avoir en tête qu'elle ne gagne pas contre les sunnites, mais avec eux. Par conséquent, elle doit l'aider à renforcer son assise populaire au sein de sa propre communauté. Les proches de Mikati rapportent ainsi que le Premier ministre désigné estime que le temps joue...
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