Plusieurs centaines de personnes ont défilé pacifiquement dans les rues après la prière de vendredi dans la ville de Qamishli, à majorité kurde. STR/AFP
À Douma, à 15 km au nord de Damas, des témoins ont rapporté que quelque 2 000 manifestants s'étaient rassemblés sur la place municipale aux cris de « Liberté, Liberté. Un, un, un, le peuple syrien est un », lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu pour les disperser. Un autre témoin a affirmé que des manifestants qui sortaient d'une mosquée ont jeté des pierres sur les policiers qui ont riposté en tirant des balles réelles. Au moins huit personnes ont été tuées, a-t-il ajouté, et « des dizaines ont été blessées ou arrêtées ».
Les autorités ont accusé « une bande armée » d'avoir tiré à partir des toits des immeubles sur les manifestants et les forces de l'ordre à Douma, faisant un nombre indéterminé de morts et des dizaines de blessés parmi les civils et les policiers. Par ailleurs, l'agence officielle SANA a fait état à Homs, à 160 au nord de Damas, d'une autre « bande armée » qui aurait aussi tiré sur les manifestants, tuant « une fillette ».
À Sanamein, près de Deraa, épicentre de la contestation à 100 km au sud de Damas, un jeune de 20 ans a été tué par des tirs des forces de l'ordre, a dit un militant des droits de l'homme. Il faisait partie d'un groupe de manifestants venu de villages proches contre lesquels l'armée a tiré pour les disperser.
À Deraa, des fidèles se sont rassemblés devant le Palais de justice aux cris de « La mort plutôt que l'humiliation ». Depuis le 18 mars, la violence à Deraa a fait 30 morts selon les autorités et entre 55 et 130 selon des organisations internationales des droits de l'homme et les militants locaux.
Selon SANA, à Deraa, un soldat a été blessé par les tirs de jeunes gens armés qui voulait lui saisir son arme. Auparavant, l'agence officielle avait confirmé que des manifestations avaient eu lieu « près de certaines mosquées » à Deraa et à Lattaquié (Nord-Ouest), où les participants ont rendu hommage aux « martyrs » et appelé « à accélérer les réformes ».
Dans une entrevue accordée à Now Lebanon, l'imam de la mosquée d'al-Omari de Deraa, cheikh Ahmad Sayafina, a affirmé soutenir les manifestants prodémocratie en Syrie. « Nous appelons à manifester pacifiquement jusqu'à (...) la levée de l'état d'urgence (en vigueur depuis 1963). (...) Je n'ai entendu personne réclamer la chute du régime (de Bachar el-Assad) », a-t-il également assuré.
Qamishli, Amouda et Hassaké
Par ailleurs, pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation en Syrie, des défilés ont été organisés dans la région à majorité kurde du Nord, alors que les autorités ont annoncé leur intention d'examiner la situation de quelque 300 000 Kurdes qui se sont vus dénier la nationalité syrienne depuis un demi-siècle. Plusieurs centaines de personnes ont défilé pacifiquement à Qamishli, Amouda et Hassaké, en scandant « Nous ne voulons pas seulement la nationalité mais aussi la liberté » et « Dieu, la Syrie et la liberté », selon des témoins.
À Banias, à 280 km au nord-ouest de Damas, un millier de personnes ont fait de même tandis que 18 cheikhs religieux ont, dans une pétition, appuyé « les demandes du peuple pour les réformes et la levée de l'état d'urgence ». Une vidéo postée sur YouTube montre des manifestants en train de défiler dans une rue de Banias scandant « Que tombe Bachar ! ».
Des fidèles attaqués à Damas
À Damas, quelque 600 manifestants s'étaient retranchés dans la mosquée Rifaï, dans le quartier de Kfar Sousseh, alors que les forces de sécurité tentaient de forcer la porte d'entrée. Un témoin a rapporté que la police et des partisans au régime ont attaqué à coups de matraque des fidèles qui quittaient la mosquée. Six manifestants au moins ont été arrêtés, a dit ce témoin.
D'autres manifestations ont également eu lieu à Hama et à Soueida, assurent des militants sur le terrain. « La principale cause des manifestations d'aujourd'hui est le discours du chef de l'État, qui a douché tous nos espoirs et nos attentes », a affirmé l'un d'eux sous le couvert de l'anonymat. Dans un message vidéo sur Internet, le défenseur syrien des droits de l'homme Haytham Maleh a appelé « les Syriens à continuer à mettre la pression sur le pouvoir pour obtenir satisfaction de leurs revendications ».
Mercredi, M. Assad a affirmé que son pays était confronté à une « conspiration ». Des juristes ont néanmoins été chargés de rédiger d'ici au 25 avril une nouvelle législation pour remplacer la loi d'urgence.
Parallèlement, un journaliste jordanien de Reuters, Suleiman al-Khalidi, disparu depuis mardi, a été libéré par les autorités, a annoncé son employeur, qui reste toutefois sans nouvelles du photographe Khaled al-Hariri. D'autre part, le département d'État américain a indiqué que les autorités syriennes avaient libéré deux Américains emprisonnés à Damas ces derniers jours.
(Source : agences)


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