À Sofia, en Bulgarie, des dizaines de Syriens ont manifesté, hier, devant l’ambassade syrienne en brandissant des appels à la démission de Bachar el-Assad. Sur la pancarte brandie par cet homme, l’on peut lire : « Libre ». Oleg Popov/Reuters
Il y a eu à Deraa, épicentre de la contestation contre le régime depuis le 18 mars, au moins 30 morts selon les autorités, 55 selon Amnesty International, plus de 70 selon Human Rights Watch et 130 selon les militants sur place. Par ailleurs, le week-end dernier à Lattaquié, principal port de la Syrie, 13 civils et militaires ainsi que deux insurgés ont été tués et 185 personnes blessées, quand des hommes armés, dont on ignore l'origine, postés sur les toits d'immeuble ou circulant à bord de voitures et à pied, ont tiré de manière indiscriminée ou ont agressé à l'arme blanche des habitants. Les autorités ont accusé des intégristes musulmans, mais n'ont pas donné de détails sur leur nationalité. Mercredi, il y a eu de nouvelles victimes dans cette ville, selon une organisation syrienne des droits de l'homme basée à Londres et un militant de Lattaquié. « Les forces de sécurité du régime commettent un massacre à Lattaquié, 25 citoyens pacifiques ont été tués », a dénoncé le Comité syrien des droits de l'homme (CSDH), proche des Frères musulmans. Cette ONG a lancé un « appel à la communauté internationale à agir pour mettre un terme au bain de sang et faire cesser tous les massacres commis par les forces de sécurité et les miliciens affidés au régime ». Selon un militant politique à Lattaquié, « les blessés se comptent par dizaines et le nombre exact de morts n'est pas connu, ils seraient 4 ou 5, mais cela reste à confirmer ». Selon lui, mécontents du discours présidentiel, « ils étaient descendus en grand nombre et on leur a tiré dessus », a-t-il expliqué sans être en mesure de dire qui a ouvert le feu. De son côté, la télévision syrienne a fait état de tirs « d'hommes armés », sans donner plus de détails.
En outre, les autorités vont examiner la situation dramatique de 300 000 Kurdes qui se sont vu dénier depuis un demi-siècle la nationalité syrienne. « Le président Bachar el-Assad a ordonné la constitution d'une commission chargée de régler le problème du recensement organisé en 1962 dans le gouvernorat de Hassaké (situé dans le nord-est du pays). Cette commission doit achever ses travaux avant le 15 avril, afin que le président Assad promulgue un décret adéquat sur ce problème », a indiqué l'agence SANA. En 1962, 20 % de la population kurde de Syrie s'étaient vu priver de leur citoyenneté, à la suite d'un recensement controversé, selon les organisations des droits de l'homme.
Mais ces mesures ne suffisent pas à répondre aux exigences des contestataires qui ont appelé à des manifestations aujourd'hui. « Notre date est vendredi : de toutes les maisons, les lieux de prière, chaque citoyen, chaque homme libre doit se rendre sur les places pour une Syrie libre », affirme un communiqué anonyme posté hier sur Facebook. L'importance de ces manifestations sera un test sur la capacité des contestataires à mobiliser alors que ce type de rassemblement est immédiatement réprimé. Toujours sur Facebook, la page Syrian News Network (SNN) a affirmé que des membres des forces de l'ordre seront postés aujourd'hui à l'entrée des grandes mosquées du pays afin de contrôler l'identité des fidèles qui y entrent. « Les cartes d'identité seront confisquées et ne seront rendues (à leur détenteur) qu'une heure après la fin de la prière », a également indiqué SNN. Vendredi dernier, de petites manifestations avaient eu lieu dans plusieurs villes, principalement à Deraa dans le Sud.
Par ailleurs, sept détenus politiques de renom ont lancé un appel au « changement démocratique » en Syrie depuis leur prison de Adra, près de Damas, a indiqué hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres. « Ce régime, qui a rejeté les revendications du peuple pour les réformes politiques et s'agrippe au pouvoir, a tiré à balles réelles sur les manifestants pacifiques en tuant et blessant des centaines d'entre eux et a arrêté des milliers de Syriens », ajoutent-ils, poursuivant : « Vous, peuple syrien orgueilleux, assoiffé de liberté, de justice et d'équité, manifestez pacifiquement. »
Enfin, le ministère jordanien des Affaires étrangères a indiqué hier qu'il tentait d'obtenir des informations sur la disparition depuis mardi en Syrie d'un journaliste jordanien, Suleiman Khalidy, travaillant depuis plus de 20 ans pour l'agence internationale Reuters.
(Source : AFP)

