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Nos lecteurs ont la parole

Le souffle du patriarche de Ferney

L’hommage que nous reproduisons ci-dessous a été adressé, à l’occasion de l’inauguration du Salon du livre à Antelias, par Philippe Kandalaft, poète francophone, à son ancien professeur Antoine Sebaalani, qui signait le tome 2 de « Risalat Hobb Kiçar » et dont la triple carrière de professeur, poète et syndicaliste a été, à maintes reprises, lourdement marquée par des événements malencontreux qui, n’eût été sa ténacité, sa détermination, sa persévérance et son courage, mais surtout aussi le soutien des siens, l’auraient terrassé.
J'aurais envie d'appeler Antoine Sebaalani « le patriarche de Sebaal », bien que ses écrits, ses lettres soient dans leur majorité rédigés à partir du cœur de Beyrouth, au fond de cette impasse, près du musée national, où se niche sa maison. Patriarche de Sebaal ou patriarche de Beyrouth, qu'importe puisque cela ne change rien au fond. La source de ces écrits, de ces lettres est une : l'homme, la société, la justice, le droit, leurs déboires, le souvenir, l'amitié, la fidélité, le courage, l'amour...celui des autres, de sa famille, de son village, la place de son village, le poète de son village, de son grand village qu'est le Liban.
Il me rappelle, en quelque sorte, dans la posture épistolaire des deux tomes de Risalat Hobb Kiçar, Voltaire qui, réfugié à Ferney, envoyait ses lettres dans toutes les directions. L'ouvrage dans ses tomes 1 et 2 est un recueil de lettres adressées aux gens du monde : pas des anonymes, mais des personnes qui portent un nom et sont identifiables dans leurs différentes couches sociales ou catégories professionnelles. Antoine écrit à ses amis, dénonce les injustices, loue le courage et la fidélité, se révolte contre les abus sociaux, en appelle aux bons souvenirs des uns ou des autres, professeurs ou syndicalistes, poètes et artistes, ministres, éducateurs, collègues, pose des problèmes de société, exprime son admiration ou au contraire se veut réprobateur, s'adresse aux plus forts dont il dénonce la tyrannie, s'érige en porte-parole des plus faibles dont il défend la cause avec véhémence, s'insurge contre le mépris de l'homme, se réfugie dans la foi, auprès de sa famille, de ses enfants fragiles, mais également soldats des mauvais jours. Avec en permanence l'ombre de ses parents qui plane sur ses pages, le souvenir âpre des jours difficiles qui le rendent plus proche encore de la souffrance des autres, des plus démunis, et une grande blessure au moment où sa longue carrière de professeur et de syndicaliste aurait dû lui apporter récompense et reconnaissance.
Chacune de ses lettres s'adresse à un ou des individus qu'il a côtoyés et révèle, au-delà de la rencontre elle-même, des circonstances tristes ou joyeuses selon ce qu'elles ont véhiculé. Ici, l'occasion d'une sérénité autour d'une simple tasse de café, auprès d'une bibliothèque ou d'un être cher, alors qu'il savoure la douce amitié, la justice et le droit, l'esthétique et l'authenticité d'un texte, la noblesse d'une cause ; là, celle d'une révolte face aux travers des hommes et de la société.
Je crois, en définitive, qu'Antoine a choisi avec Risalat Hobb Kiçar un style d'écriture qui lui permettait d'exprimer au mieux ses pensées et ses sentiments autour des moments qui ont le plus marqué sa vie. Une tentative de saisir le temps peut-être en essayant de retracer les souvenirs du passé ? Un besoin de dire encore ? Un besoin de rébellion à inscrire dans la postérité ? Le besoin de redire que le syndicaliste en lui est toujours vivant... Le besoin de se réfugier dans l'amour et la fidélité des siens ? Le besoin d'exprimer sa foi dans les valeurs humaines et de s'affirmer dans et par les grandes causes ? Ou tout simplement le besoin d'écrire et de témoigner pour retrouver la paix intérieure du combattant ?
J'aurais envie d'appeler Antoine Sebaalani « le patriarche de Sebaal », bien que ses écrits, ses lettres soient dans leur majorité rédigés à partir du cœur de Beyrouth, au fond de cette impasse, près du musée national, où se niche sa maison. Patriarche de Sebaal ou patriarche de Beyrouth, qu'importe puisque cela ne change rien au fond. La source de ces écrits, de ces lettres est une : l'homme, la société, la justice, le droit, leurs déboires, le souvenir, l'amitié, la fidélité, le courage, l'amour...celui des autres, de sa famille, de son village, la place de son village, le poète de son village, de son grand village qu'est le Liban. Il me rappelle, en quelque sorte, dans la posture épistolaire des deux tomes de Risalat Hobb Kiçar, Voltaire qui, réfugié à Ferney, envoyait ses lettres dans toutes les directions....
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