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Liban - Éclairage

Le discours du président syrien et les deux approches libanaises


Le Liban politique et médiatique a suivi avec une attention particulière le discours du président syrien mercredi devant les membres du Parlement, tant, au fond, les Libanais restent convaincus que la situation dans les deux pays reste étroitement liée. À la fin du discours (relativement court), les avis étaient partagés : le camp du 14 Mars était critique et celui du 8 Mars était élogieux. Mais les deux camps étaient d'accord pour estimer que Bachar el-Assad a voulu se poser en homme fort, refusant de céder à la pression de la rue ou à celle de la communauté internationale. Tout en reconnaissant la nécessité de procéder à des réformes (puisqu'il a affirmé que le fait de ne pas le faire serait destructeur pour la Syrie), Assad a opéré une distinction entre les manifestants sincères soucieux d'obtenir plus de liberté et d'améliorer leurs conditions économiques, influencés par la vague de protestation dans le monde arabe, et les « comploteurs » qui veulent briser la Syrie parce qu'elle résiste aux pressions américaines et continue de s'accrocher aux droits et aux constantes arabes. Pour le 14 Mars, mettre tout sur le dos d'une conspiration aux multiples visages visant à faire rentrer la Syrie « dans le rang » ne passe plus et montre que le président syrien n'a rien compris aux aspirations de son peuple. Le 8 Mars estime au contraire qu'en prononçant un tel discours, Bachar el-Assad a montré sa force et la solidité de son régime, refusant de laisser percer la moindre inquiétude ou de la faiblesse.
Selon une personnalité qui connaît bien la Syrie, Assad a attendu pour s'exprimer publiquement d'avoir repris le contrôle du pays. Après le désordre du début, où l'ampleur de la protestation (ou de la conspiration) n'était pas encore visible, il s'est ressaisi. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a été l'un des premiers dirigeants à lui exprimer son appui, lui conseillait depuis le début de procéder à des réformes et de s'exprimer devant son peuple. Mais Bachar el-Assad a attendu, reportant à plusieurs reprises le moment de prononcer un discours public, d'avoir repris le contrôle de la situation pour pouvoir s'exprimer. Il a finalement pris la parole après la journée de manifestations populaires en faveur du régime, qui lui a permis de paraître en position de force. Certes, il a reconnu avoir tardé dans la réalisation des réformes qu'il avait lui-même annoncées au moment de son accession au pouvoir en 2000. Mais il s'est bien gardé de donner des détails et de fixer des délais car, comme il l'a dit lui-même : « Si je venais annoncer des réformes en vrac maintenant, cela voudrait dire que ce serait trop tard et que j'agis sous le coup de la panique. » Il a donc préfèré que les différentes mesures soient étudiées et passent par les canaux légaux. Pour lui, finalement, la forme est aussi importante que le fond. Et s'il a déjà entamé un processus de réformes, il tenait avant tout à exprimer un message de force et de confiance. La personnalité, qui connaît bien la Syrie, explique à ce sujet qu'à la différence des anciens présidents de Tunisie et d'Égypte, Bachar el-Assad a vérifié que l'armée était toujours à ses côtés et loyale au régime, alors qu'en Égypte et en Tunisie, ce sont les forces armées qui ont pressé les présidents à quitter leurs fonctions. Il en a donc conclu que le régime n'était pas vraiment menacé. Ce qui lui a permis de s'exprimer de cette façon.
Apparemment, la région de Deraa, proche de la frontière jordanienne, est depuis longtemps hostile au régime. Ancien foyer d'islamistes, qui à un moment donné avaient même une station de radio qui émettait à partir de la frontière jordanienne, Deraa a souvent été victime de la répression du régime et il est donc normal qu'elle manifeste contre lui et lance un mouvement de protestation plus large. D'ailleurs, Bachar el-Assad a expressément promis des changements à Deraa, conscient du fait qu'il ne peut plus laisser cette région à l'abandon. Toutefois, explique la personnalité précitée, le mouvement n'a pas réussi à s'étendre aux autres régions, notamment à Damas. On dirait que les protestataires n'ont pas vraiment pu mobiliser les foules à cause de la dureté du régime ou bien en raison de l'adhésion des Syriens aux options politiques du président, cela reste à préciser. Ce qui, par contre, semble plus inquiétant pour le régime syrien, ce sont les incidents à Lattaquié, là où en principe le régime se sent fort puisque cette région est le fief traditionnel des Assad. C'est d'ailleurs surtout à cause des incidents dans cette région que le président syrien a parlé de conspiration à but confessionnel. Certains y voient déjà l'empreinte de Rifaat, l'oncle du président, qui a encore des partisans dans la région ; d'autres vont encore plus loin, faisant le lien entre Rifaat el-Assad et certaines parties hostiles au régime syrien, installées au nord du Liban. On se souvient d'ailleurs des affrontements, il y a quelques années, entre les alaouites partisans du fils de Rifaat, Ribal, et ceux, proches du régime, à Baal Mohsen, à Tripoli. La petite phrase de Bachar el-Assad sur une implication de pays voisins et d'autres plus éloignés dans la conspiration est venue conforter cette théorie. Mais aucun élément concret n'a encore été divulgué. Il ne le sera peut-être jamais, même si les alliés libanais de la Syrie ont commencé à exposer des théories sur le sujet, analysant les troubles en Syrie à la sauce libanaise. Ce qui compte pour l'instant, c'est de voir l'impact du discours du président syrien sur la rue au cours des prochains jours. SI les manifestations se calment, c'est qu'il aura réussi son pari et il mènera les réformes à son propre rythme, sans précipitation, mais aussi sans lenteur, selon ses propres termes. Si elles se poursuivent avec des troubles, c'est que le régime n'est pas aussi solide qu'il a bien voulu le dire. En tout état de cause, le Liban ne peut que suivre avec intérêt les développements en Syrie.
Le Liban politique et médiatique a suivi avec une attention particulière le discours du président syrien mercredi devant les membres du Parlement, tant, au fond, les Libanais restent convaincus que la situation dans les deux pays reste étroitement liée. À la fin du discours (relativement court), les avis étaient partagés : le camp du 14 Mars était critique et celui du 8 Mars était élogieux. Mais les deux camps étaient d'accord pour estimer que Bachar el-Assad a voulu se poser en homme fort, refusant de céder à la pression de la rue ou à celle de la communauté internationale. Tout en reconnaissant la nécessité de procéder à des réformes (puisqu'il a affirmé que le fait de ne pas le faire serait destructeur pour la Syrie), Assad a opéré une distinction entre les manifestants sincères soucieux d'obtenir plus de...
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