Hier, le Premier ministre français François Fillon a recadré le secrétaire général du parti majoritaire UMP Jean-François Copé qui l'avait accusé la veille de « ne pas jouer collectif » en prenant ses distances vis-à-vis d'un débat controversé sur la laïcité et l'islam. Il n'est « pas possible d'exposer ses différends avec le Premier ministre ainsi à la télévision », a dit M. Fillon. Fin février, le Premier ministre avait dit qu'il s'opposerait à ce débat s'il « devait être centré sur l'islam » ou « d'une manière ou d'une autre » conduire à « stigmatiser les musulmans », qui sont entre cinq et six millions en France.
Devant les responsables de la majorité, M. Copé a maintenu sur le fond ses propos, en expliquant qu'il avait « exprimé ce qu'il pensait ». Il a toutefois affirmé à l'AFP que la hache de guerre était enterrée : « Avec Fillon, on s'est dit les choses, l'heure est à l'apaisement. » « L'incident est clos », a aussi déclaré un peu plus tard François Fillon devant les députés UMP. Enfin le porte-parole du gouvernement François Baroin, tout en admettant une « petite poussée de fièvre », a déclaré : « On tourne la page et on se concentre sur l'essentiel. »
Ces violentes passes d'armes témoignent d'un malaise profond au sein de la majorité quant à la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui met depuis l'été dernier un coup de barre à droite, avec un discours dur sur l'immigration et la programmation d'un nouveau débat sur la laïcité, après un questionnement sur l'identité française qui avait donné lieu à plusieurs dérapages racistes.
Dimanche, des élections cantonales, dernier scrutin au suffrage universel avant la présidentielle de 2012, ont aussi mis en lumière l'incapacité de l'UMP à adopter une position claire à l'égard du Front national (FN, extrême droite). Sur ce sujet aussi, MM. Fillon et Copé se sont opposés.
Plus largement, la ligne politique à droite du président est très contestée au sein de la majorité, et certains se demandent plus ou moins explicitement si Nicolas Sarkozy est vraiment le meilleur candidat pour la droite en 2012. Les récents sondages sont dévastateurs pour le président : selon le dernier baromètre Ipsos, il serait éliminé au premier tour de la présidentielle, avec 17 %, contre 21 % pour le chef du FN Marine Le Pen et jusqu'à 34 % pour le candidat socialiste, s'il s'agit de Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI).
Plusieurs élus de l'UMP jugent que le président ne répond pas à l'attente des Français, d'abord préoccupés par la situation économique et sociale, et déplorent que la majorité permette au FN de placer ses thématiques au centre du débat politique.
(Source : AFP)

