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Moyen Orient et Monde - Violences

Deraa reste le cœur d’une contestation sans précédent en Syrie

Les forces de sécurité ont de nouveau ouvert le feu hier à Deraa, pour disperser des centaines de contestataires qui réclamaient la fin de l'état d'urgence alors que les autorités ont annoncé des marches de soutien au président Bachar el-Assad, aujourd'hui dans tout le pays.

Lattaquié ressemblait hier à une ville fantôme. Les magasins et les écoles de cette ville de 450 000 habitants étaient fermés, après trois jours de violences, alors que l’armée patrouillait dans ses rues désertes. Anwar Amro/AFP

Lattaquié, principal port de Syrie, ressemblait hier à une ville fantôme après la violence du week-end. Les magasins et les écoles de cette ville de 450 000 habitants, située à 40 km du village natal du chef de l'État, étaient fermés après trois jours de violences. « La ville est calme ce matin, mais les rideaux des magasins sont toujours tirés et les fonctionnaires ne se sont pas rendus à leur travail. La majorité des écoles est fermée », a affirmé un habitant, Issam Khoury, joint par téléphone. Ce journaliste et directeur du Centre de développement écologique et social a assuré que « les forces de l'ordre n'étaient pas prêtes et ont été surprises par l'intensité de la violence ». L'armée a déployé des renforts dans la nuit de samedi à dimanche. La nuit tombée, dans les quartiers de cette ville où coexistent des sunnites, des alaouites et des chrétiens, des comités de quartier se sont constitués pour se protéger contre l'intrusion de personnes étrangères, a indiqué M. Khoury. Une journaliste sur place a vu, dans des ruelles, des jeunes qui avaient placé des pneus, des blocs de béton et des plaques de bois pour ériger manifestement des barricades de protection.
Ces trois derniers jours, 13 militaires et civils ont été tués ainsi que deux insurgés, et il y a eu plus de 185 blessés, selon un bilan officiel et hospitalier. Durant le week-end, des jeunes armés de bâtons et de couteaux avaient attaqué des magasins et des habitants alors que des francs-tireurs postés sur les toits d'immeuble avaient pris pour cible des passants. M. Khoury a estimé qu'il était « trop tôt » pour déterminer qui étaient ces hommes. Selon les autorités, il s'agit de « fondamentalistes » qui cherchent à semer la division confessionnelle dans la ville. Selon Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue syrienne de défense des droits de l'homme, il s'agirait de « ressortissants arabes de différentes nationalités qui possédaient des armes et de grosses sommes d'argent ». « La plupart des hommes armés ont été arrêtés par la population qui les a remis aux forces de sécurité », selon ses informations.
À Deraa, où les manifestations se poursuivent malgré la répression, des protestataires rassemblés hier ont démasqué un « agent des services de renseignements » qui s'était faufilé parmi eux et l'ont arrêté selon un témoin. Des renforts de la Sûreté centrale envoyés de Damas patrouillaient les rues de la ville de nouveau hier après s'en être retirés samedi, notamment aux abords de la mosquée al-Omari, où ont eu lieu des heurts meurtriers, ainsi que dans le quartier al-Mahatta où se trouvent les bâtiments officiels. Des témoins ont rapporté que ces renforts ont ouvert le feu sur plusieurs centaines de manifestants qui protestaient contre les lois d'urgence. Ces témoins ont également rapporté que des francs-tireurs se sont de nouveau postés au sommet des bâtiments principaux de la ville.
Par ailleurs, pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir du parti Baas, le Parlement syrien a observé dimanche soir une minute de silence « en témoignage de respect aux martyrs tombés, et aux protestations et revendications populaires ». Selon des organisations des droits de l'homme, environ 130 personnes ont été tuées ces deux dernières semaines, notamment à Deraa, épicentre de la révolte contre le régime. Dans ce régime de parti unique, les députés ont aussi prié le président Bachar el-Assad de venir expliquer les mesures de démocratisation promises, a indiqué hier le député Mohammad Habache. Il devrait annoncer notamment la fin de l'état d'urgence imposé en 1963 lors de la prise du pouvoir par le parti Baas, l'instauration du pluralisme politique et une plus grande liberté de la presse. Selon le vice-président Farouk Chareh, cité par l'agence de presse SANA et la chaîne de télévision al-Manar, « le président Assad prononcera un discours qui rassurera le peuple syrien » dans les prochaines 48 heures. Il n'a pas précisé le détail des décisions qui seront annoncées.
En outre, des marches de soutien à M. Assad auront lieu aujourd'hui dans tout le pays, a déclaré hier la directrice de la télévision syrienne, Rim Hadad. De son côté, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré hier avoir conseillé à M. Assad de répondre aux demandes de réformes de son peuple. « La Turquie est sensible à ce qui passe en Syrie, et nous ne pouvons rester silencieux face à ce qui s'y passe (...) Nous partageons une frontière de 800 kilomètres avec ce pays et nous avons des rapports familiaux avec les Syriens », a souligné M. Erdogan. Il a espéré que la situation en Syrie ne se transformerait pas en révolte « comme en Libye, attisant davantage nos inquiétudes ». Pour sa part, la France a déconseillé à ses ressortissants de se rendre à Deraa et Lattaquié.
Toutefois, en dépit du semblant d'ouverture qui se dessine, les services de sécurité ont arrêté ces derniers jours cinq avocats, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme. L'Observatoire a dénoncé « les arrestations arbitraires des opposants politiques et des militants de la société civile », et demandé aux autorités d'accéléler la levée de l'état d'urgence.
(Source : agences)
Lattaquié, principal port de Syrie, ressemblait hier à une ville fantôme après la violence du week-end. Les magasins et les écoles de cette ville de 450 000 habitants, située à 40 km du village natal du chef de l'État, étaient fermés après trois jours de violences. « La ville est calme ce matin, mais les rideaux des magasins sont toujours tirés et les fonctionnaires ne se sont pas rendus à leur travail. La majorité des écoles est fermée », a affirmé un habitant, Issam Khoury, joint par téléphone. Ce journaliste et directeur du Centre de développement écologique et social a assuré que « les forces de l'ordre n'étaient pas prêtes et ont été surprises par l'intensité de la violence ». L'armée a déployé des renforts dans la nuit de samedi à dimanche. La nuit tombée, dans les quartiers de cette ville...
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