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Moyen Orient et Monde - Contestation

La Syrie entre promesses de réformes et répression

Alors que des renforts militaires arrivaient à Lattaquié, après des heurts extrêmement violents samedi, la conseillère du président Bachar el-Assad, Boussaina Chaabane, a annoncé hier que les autorités ont décidé d’abroger la loi d’urgence, sans toutefois spécifier la date de mise en application de cette décision. En outre, le président Assad devrait s’adresser prochainement à la nation, pour clarifier les réformes qu’il entend mener dans le pays.

Des portraits de Hafez el-Assad ont été déchirés lors des protestations qui ont eu lieu en Syrie ce week-end. Photo AFP/YouTube

Face à une contestation populaire inédite en Syrie et dans un signe évident d'apaisement, les autorités syriennes ont décidé d'abroger la loi d'urgence qui restreint les libertés publiques. Dans un entretien à l'AFP, hier à Damas, la conseillère du président, Bouthaïna Chaabane, a révélé que la décision d'abroger la loi d'urgence en vigueur depuis 1963 avait été prise. « La décision d'abroger la loi d'urgence a déjà été prise, mais je ne sais pas quand elle sera mise en application », a-t-elle affirmé, ajoutant qu'aussitôt après l'abrogation de cette loi, « toutes les personnes arrêtées en vertu de cette loi seront libérées ».
Cette loi, rédigée en décembre 1962 par un précédent gouvernement, est entrée en vigueur aussitôt après l'arrivée au pouvoir du parti Baas en mars 1963. Elle impose des restrictions sur la liberté de réunion et de déplacement, et permet l'arrestation de « suspects ou de personnes menaçant la sécurité ». Elle autorise aussi la surveillance des communications et le contrôle préalable des médias.
Le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) Rami Abderrahmane, qui s'est félicité de l'abrogation attendue de cette loi, a estimé qu'environ 2 000 personnes devraient être ainsi libérées. « Tous les condamnés par la Haute Cour de sûreté de l'État devraient recouvrer la liberté car ce tribunal d'exception avait été créé en vertu de cette loi », a-t-il dit. « Les personnes retenues dans les locaux des services de sécurité, car arrêtées sans mandat d'arrêt », devraient aussi être relâchées selon lui.

Assad s'adressera bientôt à la nation
Mme Chaabane a également annoncé que le président Assad, au pouvoir depuis 2000, s'adressera « très bientôt » à la nation, alors que le pays est secoué par une contestation sans précédent. « Le président Bachar el-
Assad s'adressera très bientôt à son peuple pour expliquer la situation et clarifier les réformes qu'il entend mener dans le pays », a-t-elle déclaré. Parmi ces réformes figurent une loi sur le pluralisme des partis politiques et une loi plus libérale concernant la presse, qui feront « l'objet d'un débat public », a-t-elle dit.
Pour tenter de calmer la rue, le pouvoir a également libéré 260 détenus samedi. Dimanche, les autorités ont encore libéré seize personnes, dont Diana al-Djaouabra, militante dont l'arrestation à la mi-mars avait entraîné des manifestations à Deraa. Issue d'une grande famille syrienne, elle avait été arrêtée lors d'une marche silencieuse organisée à Damas pour réclamer la libération des détenus politiques. Toutefois, un ressortissant américain, présenté par les médias syriens comme ayant incité à des protestations contre le pouvoir, a été arrêté à Damas, ont indiqué hier soir des médias officiels. En outre, un correspondant de Reuters en Syrie s'est vu retirer son accréditation par les autorités qui l'ont accusé de couvrir de manière « fausse et non professionnelle » les événements dans ce pays, a annoncé l'agence britannique.

Renforts à Deraa et Lattaquié
Parallèlement, des renforts de l'armée ont été dépêchés à Deraa, épicentre depuis huit jours de la contestation dans le sud de la Syrie, et des renforts militaires sont entrés à Lattaquié, a indiqué la presse syrienne, pour déloger des insurgés qui tirent à partir de toits et de voitures contre les forces de sécurité et les passants. Un habitant de Lattaquié a déclaré que des soldats avaient été déployés samedi soir dans les rues pour prêter main-forte à la police secrète et aux forces de sécurité après des affrontements entre jeunes sunnites et alaouites. Selon Nadim Houry, de Human Rights Watch, quatre policiers ont été tués alors qu'ils tentaient de s'interposer entre partisans et adversaires du gouvernement. « Ils ont apparemment été victimes de voyous proches du frère du président », a-t-il dit.
Aucun blindé ni véhicule de transport de troupes n'était visible dimanche à Lattaquié, où patrouillaient seulement des troupes à pied.
Au total, depuis vendredi, dans cette cité située sur le littoral, 13 militaires et civils ainsi que deux insurgés ont été tués, a indiqué Mme Chaabane. Elle a accusé les « extrémistes musulmans d'être derrière l'attaque, avec l'objectif de susciter des dissensions confessionnelles dans le pays ». Lattaquié est habitée par des sunnites, des alaouites et des chrétiens.
De son côté, le journal gouvernemental Techrine a fait état de 150 blessés vendredi et samedi dans la ville portuaire. Le quotidien al-Watan a affirmé que « les voyous ne sont pas des Syriens et que leur nationalité sera dévoilée bientôt ».
Mme Chaabane avait accusé samedi devant la presse « certains réfugiés palestiniens du camp de Ramel, proche de Lattaquié, d'avoir voulu créer la fitna (dissension confessionnelle) en tirant sur les forces de sécurité et sur les manifestants » afin de faire monter la tension entre eux. Le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG) a démenti « toute implication de Palestiniens du camp de Ramel dans les évènements de samedi ».
Ces derniers jours, les bureaux du Baas dans plusieurs villes ont été incendiés par les protestataires, chose inimaginable il y a seulement quelques semaines dans ce pays placé sous la surveillance d'une redoutable police secrète.
À Deraa, la statue de l'ancien président Hafez el-
Assad, père de Bachar et qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant trente ans jusqu'à sa mort en 2000, a été jetée à bas vendredi. Les affrontements à Deraa et dans sa région, près de la frontière jordanienne, ont fait au moins 61 morts en une semaine, selon l'organisation Human Rights Watch. Les obsèques dimanche de plusieurs victimes se sont déroulées sans incidents.
Dans le même temps, des centaines de personnes ont défilé à Damas pour soutenir le chef de l'État. Des voitures ont circulé en klaxonnant, les passagers arborant des drapeaux syriens et des photos du président. En outre, le ministère de l'Intérieur, dans un message diffusé par la télévision nationale, a appelé la population à ignorer un appel de l'opposition à manifester hier soir place des Omeyyades à Damas.
Sur le plan international, le président vénézuélien Hugo Chavez a apporté son soutien à Bachar el-Assad, le qualifiant de « leader socialiste » et de « frère », « cible d'une nouvelle action de l'impérialisme pour le renverser ». De son côté, la haut-commissaire des Nations unies aux Droits de l'homme, Navi Pillay, a mis en garde la Syrie contre le risque d'une « spirale de violences » engendrée par la répression violente des manifestations et l'a appelée à tirer les leçons des événements au Maghreb et au Moyen-Orient.
Enfin, sur CBS, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a affirmé hier que les États-Unis ne s'impliqueraient pas pour le moment de la même manière en Syrie qu'en Libye. Soulignant que chaque situation est unique, elle a dans le même temps déploré les violences de ces derniers jours.
(Source : agences)
Face à une contestation populaire inédite en Syrie et dans un signe évident d'apaisement, les autorités syriennes ont décidé d'abroger la loi d'urgence qui restreint les libertés publiques. Dans un entretien à l'AFP, hier à Damas, la conseillère du président, Bouthaïna Chaabane, a révélé que la décision d'abroger la loi d'urgence en vigueur depuis 1963 avait été prise. « La décision d'abroger la loi d'urgence a déjà été prise, mais je ne sais pas quand elle sera mise en application », a-t-elle affirmé, ajoutant qu'aussitôt après l'abrogation de cette loi, « toutes les personnes arrêtées en vertu de cette loi seront libérées ».Cette loi, rédigée en décembre 1962 par un précédent gouvernement, est entrée en vigueur aussitôt après l'arrivée au pouvoir du parti Baas en mars 1963. Elle impose des...
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