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Moyen Orient et Monde - Le Billet

Un dîner chez Pierre G.

À son arrivée dans la belle cité, une personne extrêmement bien attentionnée lui annonça qu'elle était invitée à dîner chez Pierre G. Passé le premier moment de joie suscitée par cette belle invitation, elle réalisa que l'occasion requérait qu'elle fît un effort vestimentaire. Problème : elle allait devoir jongler avec des impératifs citadins en journée et le dîner en soirée. Ce qui imposait de trouver une tenue chic, mais pas trop. Décontractée, mais pas trop. Pour elle qui, vestimentairement parlant, fonctionnait sur un réflexe pavlovien consistant à sauter dans un jean après la douche, l'affaire s'annonçait ardue.
Elle fut néanmoins facilitée par le peu de choix que lui offrait sa valise trop légère pour prêter à hésitation. Elle opta pour une robe courte et grise, des collants épais et noirs et ses bottes. Elle ne disposait, en propre ce jour-là, que d'une veste légèrement difforme et franchement bleue et d'un sac à main en toile molle et grise. Elle allait refermer la porte d'entrée derrière elle, quand elle vit son reflet dans le miroir du couloir. En quelques secondes, elle pesa le pour et le contre : se changer et être en retard à son rendez-vous de l'après-midi, ne pas se changer et avoir l'air sinon de rien, du moins de pas grand-chose.
Coup de chance, elle squattait chez une personne au gabarit globalement similaire au sien. Elle était sauvée. Elle fit marche arrière, plongea en toute effronterie dans l'armoire de son hôte, trouva une veste structurée noire et une besace de la même couleur. Elle vida, selon le principe des vases communicants, le contenu de son sac mou dans la besace en cuir. Enfila la veste. Jeta la besace sur son épaule et un coup d'œil dans le miroir. Se dit : « La classe ! » Et partit en courant.
Son rendez-vous de l'après-midi se déroula calmement, intelligemment, autour d'une tasse de thé vert, sur des tapis orientaux et sous un plafond à moulures. Quand le rendez-vous fut fini, il lui restait près de deux heures à perdre avant le dîner. Ravie et bien dans ses bottes, elle décida de faire la traversée de Paris. Le fond de l'air était doux, une légère brise moirait le ciel couchant. Les planètes n'étaient pas loin d'être alignées.
Quand elle arriva chez Pierre G., 90 minutes plus tard, elle avait l'estomac dans les talons et les talons en bouillie.
Chez Pierre G., on lui prit sa veste, on lui dit bonjour et bienvenue, on tira la table devant elle, on repoussa la table sur elle. Puis on s'employa à amuser ses papilles, son œil et son nez avec une farandole de petites choses alambiquées aux saveurs surprenantes et aux parfums inconnus. Chez Pierre G., une truffe blanche avait fait fondre un Mont d'or, le petit-gris avait l'humeur ravioli, le persil était givré et le raisin frais demi-séché. Chez Pierre G., la langoustine se faisant fondante, le haricot venait en soubressade, le daïkon était croquant et le tourteau jouait les bavaroises.
Chez Pierre G., on l'invita à un tour de France éclairé, poétique et vinicole avant de lui raconter, alors qu'elle humait un Boisrenard doré, une histoire de papes qui faisaient leur vin et le gardaient comme le plus précieux des secrets.
Chez Pierre G., elle se laissa envelopper par la chaleur émanant d'artisans amoureux de leur métier. Chez Pierre G., elle découvrit des saveurs, des couleurs, des parfums et des créations d'une telle finesse qu'elle se prit à croire que le monde pouvait encore être sauvé.
Le rideau tomba sur les senteurs subtiles d'un thé vert.
Quand elle arriva chez elle, elle posa la besace, tomba la veste, ouvrit le capot de son ordinateur portable et se prit un bon shoot de news toxiques.
À son arrivée dans la belle cité, une personne extrêmement bien attentionnée lui annonça qu'elle était invitée à dîner chez Pierre G. Passé le premier moment de joie suscitée par cette belle invitation, elle réalisa que l'occasion requérait qu'elle fît un effort vestimentaire. Problème : elle allait devoir jongler avec des impératifs citadins en journée et le dîner en soirée. Ce qui imposait de trouver une tenue chic, mais pas trop. Décontractée, mais pas trop. Pour elle qui, vestimentairement parlant, fonctionnait sur un réflexe pavlovien consistant à sauter dans un jean après la douche, l'affaire s'annonçait ardue.Elle fut néanmoins facilitée par le peu de choix que lui offrait sa valise trop légère pour prêter à hésitation. Elle opta pour une robe courte et grise, des collants épais et noirs et ses...
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