Rome avait déjà réagi avec inquiétude quand Lactalis avait annoncé jeudi avoir raflé sur le marché boursier 11,42 % de Parmalat. Le ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, avait reçu l'ambassadeur français et annoncé des mesures pour protéger les entreprises « stratégiques » italiennes. « Nous devons nous préoccuper pour les activités stratégiques comme l'énergie ou l'agroalimentaire », a souligné hier le ministre des Affaires sociales, Maurizio Sacconi, en réaction à l'ascension de Lactalis, devenu le premier actionnaire de Parmalat avec 29 % du capital.
Les éleveurs de Copagri ont qualifié l'opération de « pillage du made in Italy » tandis que la confédération d'agriculteurs CIA a dénoncé « un cas à soumettre aux autorités antitrust, Lactalis étant déjà en Italie avec les marques Galbani, Invernizzi, Vallelata » entre autres. Susanna Camusso, à la tête de la CGIL, premier syndicat italien, a critiqué un manque de politique industrielle et de tutelle des intérêts italiens alors que la restructuration de Parmalat après le krach de 2003 « a coûté énormément aux actionnaires » et à « la collectivité » (plus de 20 milliards de dollars).
Les secteurs particulièrement importants pour l'Italie sont ceux où « le made in Italy est fort comme l'alimentation, la mode ou le luxe », a estimé le professeur Spina. L'économiste a pronostiqué l'adoption prochaine par Rome de mesures législatives « pour rendre plus difficile la prise de contrôle des entreprises italiennes » par les firmes étrangères. Le gouvernement voudrait aussi une sorte de « réciprocité ». « Il n'y a pas un sentiment antifrançais, mais la sensation est que le système (industriel, NDLR) français est très fermé tandis que les groupes français viennent faire leur shopping en Italie », a noté M. Spina. LVMH vient en effet de s'offrir le joaillier Bulgari, EDF discute avec les actionnaires italiens d'Edison pour le contrôle de l'électricien et Groupama devait prendre une part de Premafin avant que les discussions ne s'achèvent. La compagnie aérienne Alitalia est en outre détenue à 25 % par Air France KLM depuis 2009.
Cette fois, le gouvernement semble plus décidé à s'interposer et pousse à la formation d'une alliance d'industriels italiens pour éviter une hégémonie de Lactalis sur Parmalat. Avec 29 % du capital (juste sous le seuil déclenchant une OPA obligatoire), le français peut peser sur n'importe quelle décision du groupe.
Paolo Romani, ministre du Développement économique, a dit « souhaiter » la création d'un groupement d'investisseurs italiens. Le laitier Granarolo ainsi que le géant du chocolat Ferrero (Nutella, Kinder) se sont montrés intéressés, avec l'appui respectif des banques Intesa-San Paolo et Unicredit. « Espérons qu'il ne soit pas trop tard pour une alliance industrielle », a déclaré le patron de Granarolo, Gianpiero Calzolari, en se disant « prêt à apporter des actifs, pas de l'argent ». Le vice-président d'Unicredit, Fabrizio Palenzona, a confirmé que sa banque « pourrait soutenir » un rapprochement Parmalat-Ferrero.
(Source : AFP)

