En 2001, après une période de liberté relative de six mois, les autorités ont fait taire les revendications de démocratie et de liberté en mettant en prison une dizaine d'intellectuels, de professeurs et des députés connus./Photo
"Le régime se trompe s'il pense régler les problèmes par la répression. Les méthodes des services de renseignement ne feront que jeter de l'huile sur le feu", selon M. Ghalioune pour qui le mouvement est irréversible.
Un mouvement de contestation a débuté le 15 mars dans le pays à la suite d'un appel d'une page Facebook, intitulée "la révolution syrienne contre Bachar el-Assad 2011", à des manifestations pour "une Syrie sans tyrannie, sans loi d'urgence (depuis 1963) ni tribunaux d'exception".
De petites manifestations appelant à des réformes politiques ont été dispersées depuis le 15 mars dans la capitale.
Mais c'est surtout à Deraa, à 100 km au sud de Damas, à partir de vendredi que le mouvement a pris de l'ampleur, après l'arrestation de 15 élèves qui avaient écrit sur des murs des slogans appelant à la chute du régime.
Les protestataires dans cette ville tribale du plateau du Hauran s'en sont pris aux symboles du régime, incendiant des locaux de téléphonie mobile appartenant à un cousin du président.
Six manifestants ont été tués dans la répression des manifestations à Deraa, et des dizaines d'autres ont été arrêtés à travers tout le pays depuis une semaine.
"La tension est latente, la situation est explosive" si des réformes substantielles ne sont pas appliquées, affirme à l'AFP l'avocat des droits de l'Homme Haytham Maleh, arrêté en octobre 2009 pour avoir critiqué le gouvernement, puis libéré le 8 mars.
Cet avocat de 80 ans déplore l'absence de réformes réclamées par l'opposition depuis une décennie.
Ainsi juge-t-il nécessaire de libérer les détenus politiques, de lever la loi d'urgence décrétée il y a 48 ans et d'annuler l'article 8 de la Constitution stipulant que "le parti Baas est le dirigeant de l'État et de la société".
De plus, 80% des recettes du pays sont "entre les mains d'une poignée" de personnes, dénonce-t-il.
Les autorités syriennes, qui suivent avec attention les mouvements de révolte qui secouent le monde arabe, ont annoncé des mesures d'apaisement.
Un "Fonds national pour l'aide sociale" d'un montant de 250 millions de dollars a été créé en janvier pour venir en aide aux familles les plus défavorisées.
Les inégalités se sont accentuées dans le pays, la pauvreté touchant 14% des 22 millions de Syriens. Le taux de chômage, qui frappe particulièrement les jeunes, est évalué par des experts à 22%.
Mardi, le quotidien gouvernemental al-Baas a annoncé un projet d'eau potable pour Deraa d'un coût de 4 millions de dollars.
Sur la question de l'accès à l'information, les autorités avaient autorisé en février l'accès direct aux sites Facebook et YouTube, bloqués depuis 2007.
Arrivé au pouvoir en juillet 2000 à la mort de son père Hafez el-Assad qui avait gouverné le pays pendant trois décennies, Bachar el-Assad fait face à un défi sans précédent.
En 2001, après une période de liberté relative de six mois, les autorités ont fait taire les revendications de démocratie et de liberté en mettant en prison une dizaine d'intellectuels, de professeurs et des députés connus.
"Il est difficile de prédire l'avenir. C'est la rue qui dicte maintenant la conduite des évènements et c'est entièrement nouveau", affirme Paul Salem, directeur du Centre Carnegie au Moyen-Orient, basé à Beyrouth.


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