Un officier ayant rallié l’opposition au président Saleh fêté à Sanaa. Khaled Abdullah/Reuters
Au niveau militaire, deux commandants de régions, le général Ali Mohsen al-Ahmar, responsable du Nord-Est qui comprend la capitale Sanaa, et le général Mohammad Ali Mohsen, en charge du district militaire oriental, se sont déclarés en faveur des protestataires. Leurs défections sont les premières de cette importance dans les rangs de l'armée. Sur al-Jazira, le général al-Ahmar a accusé le chef de l'État de « réprimer les manifestants pacifiques » et de « pousser le pays vers la guerre civile ». Le général est un parent de Saleh, issu comme lui de l'influente tribu al-Ahmar, dont les membres occupent des postes-clés du régime.
À Sanaa, des dizaines d'officiers ont annoncé leur ralliement devant une foule de manifestants qui bravaient toujours sur la place de l'Université une interdiction de manifester pour exiger le départ du président Saleh. À Aden (Sud), deuxième ville du pays, le général Chouaïbi a apporté son soutien à la contestation, en même temps que 60 officiers de la province de l'Hadramout et de 50 officiers du ministère de l'Intérieur. Et le gouverneur de la province, Ahmad Qaatabi, a présenté sa démission. Les ambassadeurs du Yémen en Arabie saoudite, au Koweït, en Égypte et auprès de la Ligue arabe ont également annoncé hier se joindre au mouvement de contestation contre le président Saleh. Cinq ambassadeurs du Yémen en Europe ont aussi écrit au président pour lui demander de démissionner, selon l'ambassadeur du Yémen en France Khaled al-Akwaa.
Les défections se sont multipliées ces jours-ci, contraignant le président Saleh, 68 ans, à limoger dimanche soir le gouvernement, après la démission de trois ministres. Selon l'agence officielle SABA, M. Saleh a demandé à son cabinet « d'expédier les affaires courantes jusqu'à la mise en place d'un nouveau gouvernement ». Hier, le président Saleh a en outre affirmé que la « majorité du peuple » le soutient. « La grande majorité du peuple yéménite est favorable à la sécurité, la stabilité et la légalité constitutionnelle. Et ceux qui appellent au chaos, à la violence, à la haine et au sabotage ne sont qu'une infime minorité », a assuré le président à Sanaa. Le président Saleh, qui a résisté à nombre de soulèvements et à une guerre civile depuis 32 ans, a été montré par la télévision officielle en train d'introniser de nouveaux membres du Conseil de la Choura, chambre haute du Parlement.
Malgré les défections de hauts gradés de l'armée, le président peut toutefois encore compter sur l'armée. Le ministre de la Défense, Mohammad Nasser Ali, a ainsi promis que « les forces armées » resteraient fidèles à la nation et « au frère président » Saleh. « Nous ne permettrons pas, quelles que soient les circonstances, un coup de force contre la démocratie et la légitimité constitutionnelle, pas plus qu'une atteinte de la sécurité de la nation et des citoyens », a dit le ministre, dans une déclaration obtenue par Reuters. Dans une déclaration séparée, le Conseil national de défense, dirigé par Saleh, se dit prêt à protéger la Constitution.
Dans la matinée, des blindés se sont déployés dans le centre de la capitale, notamment autour du palais présidentiel, du siège du parti au pouvoir le Congrès populaire général (CPG), du ministère de la Défense et de la Banque centrale.
La contestation a pris de l'ampleur après la mort de 52 personnes tuées lors d'une attaque vendredi contre des manifestants à Sanaa. Cette tuerie attribuée à des partisans du régime a marqué la journée la plus sanglante depuis le début, fin janvier, de la contestation. Ce massacre a été condamné hier par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, en visite au Caire. « Le gouvernement yéménite a l'obligation de protéger les civils », a déclaré M. Ban, soutenant un « dialogue global ». L'administration américaine a, pour sa part, fait savoir au gouvernement yéménite que la violence observée ces derniers jours à Sanaa était « inacceptable ». « Il semble aujourd'hui que le départ du président Saleh est incontournable », a par ailleurs affirmé le chef de la diplomatie française Alain Juppé à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. « Il faut aujourd'hui aider ceux qui veulent faire avancer les droits de l'homme, construire la démocratie. Cela est valable pour tous les pays. Nous le disons au Yémen où la situation est en train de se dégrader », a dit M. Juppé au cours d'un point de presse.
(Source : agences)


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