Mais il faut préciser un élément : la mission exploratoire des deux Khalil du tandem chiite est antérieure au coup de grisou de Bahreïn et au début de remue-ménage en Syrie même. Il se peut que, désormais, elle s'alarme beaucoup d'une situation libanaise qui, à cause du danger grandissant d'une confrontation entre sunnites et chiites, peut devenir explosive. On sait ainsi que le président Bachar el-Assad compte se rendre en Arabie saoudite pour en parler avec le roi Abdallah.
On sait aussi que, tout récemment, les Syriens ont tenu, devant des visiteurs occidentaux, des propos reflétant un double souci louable : ne pas s'immiscer d'une façon arbitraire ou arbitrale dans la crise libanaise ; mais ne pas omettre non plus de porter assistance à personne en danger. En prodiguant de judicieux conseils aux parties libanaises impliquées dans le processus ministériel, pour les encourager à s'entendre au mieux et au plus vite. Cette attitude, relèvent des sources du 8 Mars, vise certes à montrer patte blanche à l'Occident, mais non sans lui rappeler de quelle influence la Syrie jouit au Liban. Donc pour rappeler à Washington qu'il y a un prix à payer pour un règlement du dossier libanais qui lui convienne.
C'est aussi une sorte d'appel d'air, et du pied. La Syrie laisse le soin de l'escalade à ses alliés libanais, jusqu'à ce qu'elle juge opportun de presser le bouton de mot d'ordre marqué « feu vert » sur sa télécommande. Après avoir reçu ce présent qu'elle attend des Américains et des Européens : la reconnaissance de sa primauté sur la scène libanaise. Un mandat de rétablissement partiel, cette fois par procuration, de sa tutelle. Ce serait là, selon les souverainistes, que réside le secret du retard dans la formation du cabinet.
Mais la nouvelle majorité disculpe en chœur la Syrie. Au prix d'un aveu des cadres du tandem chiite : ce sont bien les exigences du général Michel Aoun qui empêchent le président Mikati d'annoncer la composition de son équipe. Outre leur caractère excessif propre, les conditions que maintient le leader du CPL font qu'il devient très difficile de trouver cette formule de partenariat équilibré que le Premier ministre désigné, soutenu par le chef de l'État, considère comme absolument indispensable.
De plus, et surtout, l'intéressé veut marquer un point essentiel en termes d'exercice du pouvoir : c'est lui, en accord avec Baabda, qui forme le gouvernement, et nulle autre partie. Non pas pour le plaisir de gouverner, de décider, d'ordonner, mais parce qu'autrement le déséquilibre deviendrait maître d'un jeu échappant aux règles constitutionnelles. Et la République en subirait un coup fatal, le gouvernement, mal fagoté, ne pouvant qu'imploser rapidement.
Alors quoi ? Certaines instances influentes conseillent au président Mikati de former un gouvernement centriste. Qualifié d'équipe de travail, ce cabinet serait de volume réduit, de 20 ou même de 14 membres. Mais lui, pour sa part, continue à préférer une formule de 24, pour que chaque département ait à sa tête son propre ministre. Sans plus de ministres d'État. On se rabattrait sur les fameux trois 8 pour le partage : 8 au président Sleiman, 8 au président Mikati, qui prendraient Joumblatt sur leur compte commun. Et 8 au 8 Mars, ce qui sonne bien. Mais pas aux oreilles du CPL...

